Connaître les religions, croire au sein des religions

 

ICI, 4 mars 2015, Rencontre : l’islam à l’école, avec Dominique BORNE et Nicolle SAMADI

Dominique Borne

Dominique Borne

L’institut des cultures de l’islam (ICI), à la Goutte d’or à Paris, dans ses locaux neufs de la rue Stephenson, accueille le 4 mars 2015 autour des deux intervenants une cinquantaine d’auditeurs, dont pas mal d’enseignants jeunes.

 

l'image pour la religion

l’image pour la religion

Dominique BORNE est historien et président de l’Institut européen en sciences des religions, ancien doyen de l’Inspection générale de l’Education nationale.

 

encore l'image pour connaitre la religion

encore l’image pour connaitre la religion

Nicolle SAMADI est professeur agrégée d’histoire et docteur en littérature française, auteure, notamment, de Islam, islams. Repères culturels et historiques pour comprendre et enseigner le fait islamique.

 Borne ouvre le débat en soulignant qu’il faut distinguer en français une religion, l’islam, et une civilisation, l’Islam. Il rappelle une règle importante : un professeur enseigne un savoir, les élèves sont libres de leurs croyances. Samadi rappelle comment cet Islam n’est enseigné en France qu’occasionnellement. Dans le primaire, on parle des Croisades au Moyen Age. En 5e, depuis 1957, l’Islam est enseigné pour sa naissance et son expansion aux 7e/ 9e siècle. Dans les années 1995 on a exposé en classe de seconde comment le christianisme est né au sein d’un judaïsme enraciné depuis un millénaire et demi. De même que ce qu’était la Méditerranée au XIIIe siècle, partagée entre un monde musulman, un monde byzantin et une chrétienté d’occident. Puis ces chapitres ont disparu. Dans les années 1980, la tentative avait échoué d’inscrire aux programmes de géographie le Maghreb (qui jusqu’à la décolonisation des années 1960 était étudié traditionnellement comme une annexe coloniale de la France). Strictement cloisonnés par discipline, les programmes scolaires sont difficiles à changer, plus par pesanteur des acteurs (enseignants du supérieur et du secondaire) que par intervention des politiques. Puis vient aussi la pesanteur et souvent la frilosité des éditeurs, tous privés, pour les manuels scolaires. Seules des synergies entre professeurs de lettres, d’histégéo, d’arts, peut donner place à une connaissance du fait religieux.

Les enseignants de toutes disciplines, débutants surtout, sont confrontés aux questions ou affirmations sur l’islam de la part d’enfants et adolescents « musulmans ». Il faut savoir que dans une population évaluée à 6 millions de « Français musulmans », seule une petite minorité envoie ses enfants (quelque 35000) à des cours de « catéchisme », dispensés dans quelque 500 écoles coraniques annexées à des mosquées ou salles de prière (alors que les lieux de culte musulman seraient quelque 2300 en France).

Il manque en France, pour les enseignants comme pour les journalistes, une connaissance de base des faits religieux, dont fait partie l’islam. Cette religion est installée au cœur de l’Europe centre-orientale depuis le XIIe siècle, bien plus tôt en Péninsule ibérique et en Sicile. Qui sait qu’à partir du Xve siècle, ce sont des cadres militaires et administratifs musulmans européens qui règnent sur l’Afrique du nord, de l’Algérie à l’Egypte, au sein de l’Empire « turc » ? Mais on ignore tout autant la place de la forte minorité autochtone juive dans cette Afrique du nord : les populations berbères y ont été converties d’abord au judaïsme, puis parallèlement au christianisme, avant une islamisation souvent tardive et en tout cas datée très confusément. L’emprise chrétienne sur les terres musulmanes européennes ou nord-africaines est une longue histoire, du Xve au Xxe siècle, la colonisation n’en est qu’un aspect, certes essentiel.

Il faut pouvoir affirmer aux élèves qu’ils ont le droit de croire que Dieu a révélé aux croyants le Coran. De même d’autres élèves croient qu’antérieurement c’est sous l’inspiration de Dieu que les Evangiles comme l’Ancien Testament ont été écrits. Il faut pouvoir en même temps leur expliquer et leur démontrer que les religions du livre ont un fond commun, historiquement daté. Que leurs éléments sont apparus successivement au sein de sociétés où ces religions naissaient au milieu de crises sociales, ou cimentaient des solidarités au sein d’une multiplicité de peuples. Les faits qui révèlent ces complications sont frappants : Meriem (María, Marie) est un personnage important du Coran. Jésus est un prophète essentiel de l’islam, si aimé de Dieu que celui-ci n’a pas voulu qu’il meure sur la croix, Dieu lui ayant substitué heureusement un autre supplicié. Jusqu’au XVIe siècle, les livres religieux musulmans autres que le Coran incluent normalement des images représentant Mohamed, remarquable pour sa beauté comme l’est Jésus dans les images chrétiennes. Actuellement en pays musulman, hors des mosquées, les images héroïques représentant Mohamed sont normales. Quand aux caricatures de celui-ci, elles remontent au Moyen Age (Pierre le Vénérable, XIIe siècle, dans sa traduction du Coran en latin réalisée grâce à la collaboration de juifs, de chrétiens et de musulmans).

La nécessité urgente dans la société française d’une connaissance des religions (dont l’islam), pour aboutir à des tolérance mutuelles entre croyances religieuses passe par le milieu scolaire, où trop d’enseignants de bonne volonté se retranchent derrière une vision de la laïcité comme refus des religions, au nom de ce que fut le combat au début du Xxe siècle contre une religion dominante catholique.

 

jouer avec les symboles religieux pour la tolérance

jouer avec les symboles religieux pour la tolérance

Le magazine « M » (du journal Le Monde) nous donne (p. 20-22 de son n° du samedi 28 mars 2015) un court reportage, Il était des fois, décrivant des ateliers ludiques (niveau CM2) sur le fait religieux organisés dans le XIXe arrondissement de Paris par l’association Enquêtes

https://www.helloasso.com/associations/enquete . Pâques, c’est quoi? Pour qui ? Qu’est-ce que la fête du poussin ? tête de ralouf, c’est quelle injure ? Rire ensemble est le début du vivre ensemble.

 

 

 

 

 

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