Irena y Salomón

Irena y Salomón, historia de un libro

 

 

En rêvant aux livres que j’aime, je pensais tout de suite  à Cartas a Salomón, de Irena Majchrzak, publié en 1982 par la Secretaría de Educación Pública mexicaine (SEP). Coup de cœur évidemment, mais je croyais pouvoir dire que c’était aussi un introuvable. Un moment sur google m’a convaincu du contraire : ma

photocopie du livre, pieusement reliée et conservée, n’est pas si précieuse. L’histoire du livre par contre a été largement effacée.

Irena (1927- 2011), sociologue polonaise, juive sauvée des camps de la mort, a connu le Mexique grâce à son mari, diplomate polonais. Fréquentant le milieu des anthropologues mexicains, elle y connaît Salomón Nahmad (1935- ). Quand celui –ci devient directeur de Educación Indígena de la SEP (1978-82, sous le sexennat de Jose Lopez Portillo= JoLoPo), il demande à Elena d’enquêter dans les centres d’éducation de sa juridiction. Elle rédige ses rapports et réflexions sous forme de  douze lettres, envoyées à Nahmad de mars à octobre 1982. La publication sort très vite, fin 1982, sans aucun doute parce que c’est une critique certes pleine d’empathie envers le milieu de l’éducation en milieu indigène et envers les populations concernées, mais aussi une bombe politique par la description très concrète  de la machine bureaucratique de la SEP, de son autoritarisme, de sa centralisation, de ses corruptions, tout cela vu par une citoyenne de l’Europe de l’est en proie à l’emprise de la bureaucratie stalinienne, dans l’ambiance de Solidarnosc soumise à la répression du régime de Jaruzelski.

Fin 1982, lors de la mise en place du nouveau sexennat (De la Madrid), Salomón Nahmad est nommé directeur de l’Instituto Nacional Indigenista (INI), promotion incontestable. Mais l’ambiance du changement de règne est instable et Salomón a des ennemis, selon ses amis parmi les secteurs corrompus du vaste système indigéniste mexicain. Et voilà que circulent des bruits de malversations imputables au plus haut niveau, l’épouse de JoLoPo, précisément avec des fonds indigénistes. En ces temps, seuls des comparses peuvent être impliqués dans les scandales financiers et Salomón sert de fusible : accusé de corruption en 1983, il est condamné à de la prison, où il reste plusieurs trimestres. Libéré et blanchi, il reprend son métier d’anthropologue « à la base » dans une institution semi-privée discrète (Centro de Ecodesarrollo) ; il tardera à retrouver un poste public, au CIESAS (Centro de investigaciones y estudios superiores en antropología social).

A ma version de la malaventure  de Salomón, on peut ajouter la sienne propre (Une conversation publiée dans la revue du CIESAS, 1er semestre 2002, Desacatos), qui insiste sur les tensions au sein du gouvernement encore balbutiant de De la Madrid : les « indigénistes », souvent proches de l’ex-président Echeverría (Nahmad, Guillermo Bonfil, Fernando Benitez …) veulent sauter le pas d’une réforme constitutionnelle reconnaissant les cultures indigènes et leurs langues, mais aussi contrôler les évangélistes nord-américains, qui au sein de l’Instituto de verano entremêlent leur travail d’ethno-linguistes (traduisant le bible en langues indigènes) et leur prosélitisme religieux (« dividen a los pueblos », peligran la nación mexicana). En face, les jacobins, comme  Reyes Heroles, qui par ailleurs veulent éviter au Mexique, déstabilisé par une crise économique de transition sexennale exceptionnellement grave, des problèmes avec le voisin du nord ; ils apprécient peu Nahmad « el Turco, el Judío del INI » dont les vues ethnicisantes  font trembler l’unité idéologique nationale.

Bien sûr ces avatars de la politique n’apparaissent pas dans les biographies de Salomón. Pas plus que la bibliographie de Irena ne mentionne que son livre Cartas a Salomón a été retiré définitivement du catalogue très peu après sa parution, donc une édition originale fantôme. Non seulement le thème du livre était explosif, mais plus encore l’initiateur et destinataire de celui-ci sentait le soufre et mieux valait effacer les traces de l’affaire.

Tout s’arrange cependant : un sociologue « de gauche », Gonzalez Pedrero, intéressé par l’éducation, devient gouverneur de l’état de Tabasco, qui dès 1988 réédite l’ouvrage… avec une préface amplifiée de Salomón et une post-face « tabasqueña » de l’auteure. Bien sûr une telle édition circule peu hors du milieu tabasqueño et il faut attendre 2011, année de la mort  de Irena pour qu’une nouvelle réédition voie le jour dans la capitale, coproduite par la SEP et le CIESAS (et qui plus est, selon une bonne manière du CIESAS, est disponible en PDF sur le web

En 1985, dans son n° 92, notre modeste bulletin Ordinaire du Mexicaniste, juste après son naufrage à Perpignan et son sauvetage à Toulouse, a publié mon compte-rendu des Cartas a Salomón, directement dans la graphie de la machine de traitement de texte Olivetti du GRAL. J’en reprend ici la saisie… avec quelques coquilles en moins.

Este librito [133 p.] queda bastante desconocido, por el hecho que las publicaciones de la SEP circulan poco en librerías, y quizas menos todavía un libro encargado por Salomón Nahmad, que fué director del Instituto Nacional Indigenista desde principios de 1983, y desapareció a partir del verano del mismo año fuera del ámbito político despues de haber sido encarcelado y acusado del delito de corrupción, lo que no llegó a ser probado y tampoco era muy probable.

La autora, socióloga polaca, hizo (por lo que parece en 1982) una serie de giras en cinco zonas indígenas mexicanas, para evaluar la educación « bilingüe y bicultural », visitando escuelas y albergues. No es vano recordar que la autora pertenece – y ella lo dice- a una cultura nacional amenazada y que hizo su trabajo de campo mientras que su propio país vivia el estado de guerra despues del golpe de diciembre de 1981. Unas paginas del libro fueron publicadas por Vuelta, n° 77, abril de 1983, p. 6-12.

Cada grupo de cartas analiza una región étnica mexicana : Mayo del Sonora, Purhépecha (o tarascos) en Michoacán, Mazatecas en Oaxaca, Chontales en Tabasco, Mayas en Quintana Roo. Cada gira describe el marco socio-étnico del grupo visitado y sus peculiaridades, apoyándose a veces en obras maestras sobre la zona. Y describe también las matices de las relaciones entre alumnos y padres indígenas, educadores bilinguës, directores de escuelas. El interés apasionado de la autora por la cultura visitada resulta en reflexiones sobre el contenido real de la educación bilinguë, tan diferente según los lugares : desde Sonora en el cual los Mayos tienen un grado de castellaización tan fuerte que el bilinguismo ya se puede cuestionar a nivel educativo, hasta grupos Chontales casi monolingues. El problema linguístico queda para cada caso enmarcado en su contexto cultural y las preguntas provocativas de la autora se dirigen al modo de vivir en las escuelas y en las mismas materias que se estan enseñando a los niños, para identificar como se van cortando ciertos lazos internos de la cultura tradicional a travez del proceso escolar.

El libro termina con una reflexión aprofundizada sobre el papel de los maestros bilingues en conjunto y la crisis de identitad que a veces padecen. Mas allá todavía, se plantea el problema basico : si las culturas indígenas son varias, peculiares, hechas de razgos étnicos (idioma, tecnología, etc…) que se agrupan como un mosáico, existe la posibilidad de una educación bicultural, escogiendo temas y pedazos de cultura indígena y adaptando a ellos el esquema escolar. Al contrario, si existe una civilización indígena que tiene en común una vision del tiempo y del espacio, de los lazos sociales, etc… que difiere radicalmente de la civilización « occidental », ya no se puede concebir una manera de buscar un equilíbrio « bicultural ». La autora no contesta esta última pregunta, y a nivel mucho mas práctico insiste sobre la importancia para los alumnos de que los libros de texto tengan no solamente el idioma del niño, sino también un contenido (a traves de los temas, de los dibujos) que corresponda al ambiente en el cual vive el niño. También subraya la « necesidad de crear una conciencia geográfica » para que el alumno ubique su propio ambiente dentro del marco regional y nacional concreto. Y por fin aboga sobre la « necesidad de crear bibliotecas » para que el aprendizaje de la lectura tenga un contenido –atractivo si se puede- para el alumno.

Nuestro comentario al respecto sería que muchos alumnos del campo y de las ciudades mexicanas, no indígenas, necesitan lo mismo. Quien hará la edición comercial de este libro ?

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