Chevaux de race ou troupeaux de brebis (conte de Noël)

Chevaux de race ou troupeaux de brebis: Le Noël des bergers plutôt que celui des Rois mages.

unknownunknown-1J’ai passé ma vie professionnelle dans le fantasme de faire gagner des chevaux de course, les miens où ceux de quelques autres. Il s’agissait d’éditer mes propres écrits, mais aussi, comme responsable de collections, d’éditer les manuscrits de collègues. Chaque fois revenait l’anecdote de La peste de Camus, où le personnage qui n’est pas mort de la peste, Grand, proclame que pour son manuscrit (en fait pas encore écrit…), l’éditeur réunira ses collaborateurs, leur montrera le futur livre et leur dira « messieurs, chapeau bas ! ». Aucun livre que j’ai publié n’a connu de tels honneurs, concrétisés par un fort tirage vendu. Seule exception, mon premier texte « latino-américaniste » (Régions géographiques au Mexique et sa traduction en espagnol) a eu du succès dans les deux langues, parce que ce fut un manuel sans concurrents sur le marché pendant une bonne décennie. Même succès pour le volume Amérique latine de la Géographie universelle Reclus (avec Jean-Paul Deler, Hervé Théry et bien d’autres) : un manuel sans concurrents sur le marcher. Tous les livres dont j’ai assuré l’ « élevage » et qui m’ont émus (pas de ma plume) par leur originalité intellectuelle présumée, qui les destinait selon moi au succès, ont été des chevaux de course dont le parcours était au mieux honorable et plus souvent décevant.

Sur le tard, à 81 ans, je me suis reconverti dans l’élevage de troupeaux de brebis. Je veux parler des articles que je poste sur mon blog ou sur des sites, essentiellement ceux de l’association Coup de soleil (à Toulouse http://coupdesoleil.net/midi-pyrenees/ comme à Paris http://coupdesoleil.net) et accessoirement sur wikipedia. Alors que l’élevage d’un cheval de course est un long travail, de nombreux semestres séparant l’écriture et le résultat des ventes du livre, les brebis du web se reproduisent très rapidement. On peut en deux semaines lire un livre, en faire une note de lecture approuvée par un ou deux lecteurs critiques de confiance, poster cette note sur la toile, faire savoir alentour que cet article existe et compter les lecteurs, de quelques dizaines immédiatement à parfois plus d’un millier… en quelques trimestres ou plus souvent seulement encore quelques dizaines. Ces brebis sont faciles à vendre, échanger, revendre. On change le troupeau de parc pour qu’il pâture mieux. Là je suis à la fois le berger de brebis que je possède (mes écrits), mais aussi le berger de brebis qui me sont confiées par quelques amis, ou par des collectivités d’éleveurs peu soucieux de conduire leurs troupeaux et qui me laissent ce soin, qui me plait, et en plus je leur rend sans doute service. Mon unknown-2imagestroupeau privé a une bonne centaine de brebis, les plus anciennes sont en vie depuis cinq ans. Mes troupeaux collectifs sont à peine plus vieux et outre les brebis nées sous mon autorité, ils contiennent des bêtes qui ont quatre ou cinq ans de plus. Récemment quelques unes de mes brebis sont allées au comice agricole où elles ont été primées, ou bien elles auront peut-être un prix.

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