Thierry Linck, économiste atypique et mexicaniste

Thierry Linck, économiste, est mort en août 2019. Retraité depuis peu d’année, il était né vers 1952. Niçois, il a fait des études supérieures sans doute atypiques, travaillant à des métiers « non intellectuels » pour vivre pendant cette scolarité. Nous ne savons pas quelles circonstances lui ont donné l’occasion de faire son premier travail de recherche de terrain au Mexique, vers 1976 – 1977. Seulement qu’à ce moment il a bénéficié d’une bourse attribuée par l’Institut d’Etudes Mexicaines de Perpignan dans sa « succursale » éphémère dans la ville mexicaine de San Luis Potosi. Linck s’y attaque au sujet explosif de l’usure au milieu rural. Ce sont les mêmes relations (Perpignan) qui lui permettent de s’intégrer ensuite plusieurs années comme enseignant chercheur au Colegio de Michoacan, un centre de recherche pluridisciplinaire dans la ville mexicaine de Zamora. Il y poursuit ses recherches sur le monde paysan. Il en tire sa thèse soutenue à Marseille en 1985 : Le paysan dépossédé, pouvoir, technologie et décision au Mexique, 782 pages, publiée en espagnol au Colegio de Michoacan. Il est recruté ensuite à Toulouse à l’Université du Mirail, où l’enseignement de l’économie repose sur un noyau peu nombreux de collègues généralement éloignés de l’establishment de cette corporation. Thierry Linck était actif au sein du Groupe de recherche sur l’Amérique latine, laboratoire toulousain du CNRS. Celui-ci publie le bulletin Ordinaire latino-américainoù il tient une rubrique économique, recuentos. Il assure la direction de ce laboratoire à la fin des années 1990, où il essaie difficilement d’imprimer une dynamique et une cohésion. Il est ensuite recruté comme chercheur à l’INRA pour son centre de Corte, en Corse.

La corporation des économistes est multiple. On connaît surtout ceux qui, dans le milieu universitaire, mais aussi dans l’édition et les médias, parlent soit des mécanismes de la micro-économie (les entreprises et les ménages) considérée comme une science universelle de l’humanité, soit des grands équilibres mondiaux de la macro-économie (les grands flux de la finance, des marchandises et beaucoup moins des hommes qui migrent). Par ses préoccupations, comme par ses sources d’information chiffrées, cette économie dominante s’intéresse peu aux mécanismes concrets à l’intérieur des sociétés. Si bien que peu d’économistes participent aux études socio-politiques locales, telles que celles concernant des aires culturelles liées aux histoires sociales identifiées par des langues et/ ou des religions. Si bien que dans les répertoires récents ou anciens sur les recherches latino-américanistes bien peu d’économistes sont recensés. Mais quelques pionniers de l’économie non conformistes se sont intéressés aux paysans, aux marginaux des villes, aux organisations culturelles. C’est en compagnie des anthropologues surtout qu’on les rencontre, mais aussi de géographes, sociologues et historiens : c’est ainsi que Thierry Linck s’est « logé » longtemps au Colegio de Michoacan, puis au Groupe de recherche Amérique latine de Toulouse. C’est ensuite l’INRA qui l’a accueille : l’IRD aurait aussi pu faire l’affaire.

 

Claude Bataillon, aout 2019

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire