Belkaïd Akram, journaliste à Paris, face à la maladie

Journal d’un « Covidé », patient parmi tant d’autres

https://akram-belkaid.blogspot.com/2020/04/journal-dun-covide-patient-parmi-tant.html?fbclid=IwAR1SYGiMeHUS9h6BbmbVP6mfmvDy2H-LTpKgF5HU5PjfGeS7N9Qt9ClNfOA

(j’ai extrait de ce journal les passages concernant l’Algérie). Qui est l’auteur?

AKRAM BELKAÏD

– Journaliste. – Travaille au Monde diplomatique. Collabore aussi avec Orient XXIAfrique MagazineAfrique Méditerranée Business (AMB) et Le Quotidien d’Oran (la chronique du blédard). – Suit l’actualité des pays arabes (Maghreb, Machreq et Khaleej) et celle des Etats-Unis et du Canada.

– Il garde aussi un oeil sur l’évolution de l’économie mondiale et des marchés pétroliers. – Dernier ouvrage paru : Pleine Lune sur Bagdad (Erick Bonnier, 2017)

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[…] Sinon, grande décision. Pour faire écho à quelques émulations confraternelles, j’ai décidé de laisser pousser la moustache qui ne partira qu’une fois débarrassé de cette saloperie. Me voyant, d’assez loin, un post-boutonneux ose me lancer : « Yo soy Pablo Emilio Escobar Gaviria ! Plata o plomo ? » Le respect se perd…

Depuis le début de cette pandémie, il ne se passe pas un jour sans que je pense concrètement aux Palestiniens, notamment ceux enfermés dans la bande de Gaza ou dans les camps du Liban, de Jordanie ou de Syrie. Je pense aussi au peuple syrien. Un ami de Lattaquié avec qui j’ai gardé le contact depuis 2011, malgré nombres de divergences, me dit que le paracétamol est un bien rare, que les gens n’ont aucune idée des ravages que le virus peut infliger. La propagande du régime de Damas laisse entendre que la situation est sous-contrôle. C’est l’apanage des dictatures que de prétendre que tout est maîtrisé jusqu’au moment où rien ne peut masquer les preuves de la catastrophe.

En Algérie, le régime en profite pour démultiplier la répression. Le Hirak étant suspendu – décision ô combien mature et courageuse des Algériennes et des Algériens -, les dirigeants de l’ombre prennent leur revanche. Karim Tabbou ne sortira pas de prison, jugé par surprise en l’absence de ses avocats. Khaled Drareni, journaliste, modèle de professionnalisme, est désormais en prison. Tout ça alors que le pays est peu préparé à l’épidémie. Des méthodes de voyous.

En Algérie encore, un clown n’ayant aucune formation médicale prétend avoir trouvé le vaccin contre le virus. C’est la deuxième fois en quelques années que le pays est confronté à ce genre de charlot (le précédent jurait avoir trouvé un remède contre le diabète). Qu’un tel taré – qui se dit descendant du Prophète (!!!) – puisse passer sur les plateaux des télévisions privées (vecteurs de tant d’inconséquences et d’obscurantisme) me saisit. Comment a-t-on pu en arriver là ? Et ce type est même reçu à l’Institut Pasteur d’Alger… Et le pire, c’est que des gens croient en lui, le défendant bec et ongles sur les réseaux sociaux… Voilà ce qui arrive quand on mine le système éducatif, quand on laisse des charlatans dispenser le savoir académique. Un jour, un « savant » algérien prétendra avoir la preuve que la terre est plate et des milliers de ses compatriotes réclameront le Nobel de physique pour lui…

Le sous-développement au Sud de la Méditerranée, je connais. J’y suis habitué. Je suis né dedans. Mais la France ? Sixième puissance économique mondiale, dotée de l’arme atomique, membre du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Voilà où ce pays en est arrivé : le sous-développement…

 Jour 12: C’était à la sortie du collège sur les hauteurs d’Alger. J’étais en cinquième. Dès midi, la rumeur avait couru que deux élèves de Troisième allaient se battre. Impossible de rater ça. D’un côté, F., voyou, copieur, malhonnête et pilleur de cartables. De l’autre, O. Élève discret, plutôt solitaire. La raison du litige ? Le vol d’une calculatrice finalement rendue mais endommagée. La bagarre commence. Très vite, O. a le dessus. Crochets, esquives. F. est à terre. O. hésite puis s’éloigne sous les hourras. F. se lève, ramasse de gros cailloux (des blocks, disions-nous alors). L’un d’eux atteint O. à l’arrière du crâne. Le sang coule. O. ne se démonte pas. Il fonce sur F. Balayage, l’autre est sol, supplie que cela s’arrête. Victoire totale d’O. Quelques jours plus tard, dans la cohue de l’ouverture du portail, O. ressent une douleur à la nuque. F. vient de le larder d’un coup de compas. Alors, sous nos yeux effarés, O. que nul bras modérateur ne peut retenir, se jette sur le surineur, lui casse d’une clé un bras puis, d’une autre, le second. Une leçon. Voilà la seule manière de traiter le Covid-19. (c’est notre amie Anne-Lise, de Coup de soleil Toulouse qui nous a signalé ce texte…)

 

 

 

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