Maroc : découvrir et vivre

Maroc :  (correspondances retrouvées)

J’ai d’abord fait connaissance avec le Maroc en « touriste », jeune étudiant un peu « routard », en 1951 : on était au début des mouvements politiques pour l’indépendance (le sultan est « déposé » deux ans après, l’indépendance est acquise en 1956). J’y ai en suite vécu trois années de prof de lycée à Casablanca (années scolaires 1958 à 61), dans un pays « libre » où le métier de coopérant donnait un refuge pendant que la guerre d’Algérie continuait, avec les étapes successives des négociations entre un FLN devenu interlocuteur d’un gaullisme à peine installé. J’ai retrouvé partiellement les correspondances échangées en ces années avec mes parents et plus encore avec mon frère Pierre, administrateur de commune mixte dans le Sahara algérien et voici ces textes.

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Routard en géographie

 Etudiant consciencieux de parents assez riches, j’obtiens de ceux-ci qu’à l’automne 1951 ils me paient un voyage au Maroc et en Algérie, sans doute sous le prétexte que cela va m’être utile dans les études universitaires de géographie où je suis engagé. En outre je vais rendre visite à un copain important, mon aîné de trois ans, connu à la troupe d’Eclaireurs de France du lycée Henri IV de Paris : il travaille alors pour l’Agence juive au Maroc, lui même juif marocain qui se destine à vivre en kiboutz en Israël : Roger Abbou ; j’irai aussi voir mon frère Pierre qui depuis un an est en poste, dans le Sahara constantinois, à la Commune mixte de El Oued, au cœur des oasis du Souf. Sans doute cette « bourse de voyage » offerte par mes parents vient compenser un échec : j’avais postulé une bourse de voyage au Maroc (ou ailleurs au Maghreb ? je ne sais) auprès de la Fondation Zellidja et ne l’avais pas obtenue. Plus précoce, mon futur collègue Paul Claval avait été  deux années de suite lauréat du Concours général en géographie (pour élèves de première ou de terminale) et chaque prix était un voyage, une fois en Algérie, une autre fois au Maroc (http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1545)

 19 juillet 1951, à Pierre […] Venons-en aux projets que tu fais pour moi : inutile de te dire que l’idée d’aller en octobre dans ton bled me va, et que d’ailleurs j’y pensais depuis longtemps […] tu me parles de tournées tant avec le docteur Belet, qui est épatant, qu’avec toi : c’est l’idéal et j’avais bien regretté de ne pas pouvoir le faire l’an dernier, pour être arrivé un jour trop tard. Mais j’ai aussi d’autres ambitions, que j’ai soumises à Papa, arbitre financier, qui n’a pas dit non, ambitions que je te soumets : je pense à aller voir au Maroc (Casablanca sans doute) Roger Abbou, que je n’ai pas vu depuis longtemps. J’ai pensé à la possibilité de faire Marseille- Oran en bateau et ensuite de voir Oran, Fez, Meknes, Rabat, en allant à Casa. J’ai essayé d’après le « Chaix » d’Afrique du nord, de voir s’il était possible ensuite de joindre El Oued par le sud, pour voir tout un pays qui me tente et pour ne pas revenir par le même chemin : il semble qu’il y ait des cars pour rejoindre Colomb Béchar et de là passer par Aïn Sefra, Géryville, Laghouat, Djelfa, Bou Saada, Biskra, El Oued. La chose est peut-être ambitieuse, mais semble possible : si les horaires indiquent des cars, c’est qu’ils doivent exister. Et d’autre part il s’agit pour moi d’employer à plein ce mois d’octobre si rare. Les parents restent un peu septiques, mais la chose me paraît faisable pratiquement, et très intéressante. Toi qui connais le pays, peux-tu donner un avis sur cette idée de voyage ?

1eroctobre 1951, à Pierre. Merci à Papa des Guides du Maroc et de Tlemcen qui me seront très utiles. Je passe une partie de mon temps à regarder des guides, car si l’imprévu est ce qui peut m’arriver de mieux dans cette virée, il est préférable, je m’en aperçois de plus en plus, de partir en sachant ce qu’on a envie de voir, d’autant plus que finalement ce long voyage ne laisse qu’un nombre de jours (ou d’heures) très court dans les endroits qui valent qu’on s’y arrête. A part cela, je fais un peu de géographie

Quatre octobre 1951, À bord du Marigot. Chère Maman, j’arrive demain matin à Oran. Une traversée de 36 heures laisse beaucoup de temps pour la correspondance ; le Marigot comprend un entrepont supérieur à la fois aéré et abrité. J’ai retrouvé ce rafiot avec plaisir, car c’est avec lui, sur Marseille Alger, que j’ai inauguré la série des traversées d’Afrique du Nord. Le bétail de quatrième est peu nombreux, si bien qu’on lui fiche la paix et qu’on peut se promener sur tous les ponts. La cantine vend du café et du pastis en quantité suffisante. J’ai visité Marseille hier matin. Je suis même allé au cinéma. La saison touristique tire à sa fin: les barques qui véhiculent au Château d’If manquant de clients, j’ai été invité à m’y asseoir gratuitement en attendant le départ, pour faire de la figuration. J’ai bien trouvé à Nîmes ta lettre. Tu me donnais l’adresse de Roger Abbou et voilà que j’ai oublié la lettre et je me retrouve idiot. Le mieux serait qu’on m’envoie un mot poste restante à Casablanca, avec de nouveau cette adresse. En effet je ne puis guère donner une autre poste restante avant Casablanca car si je passe sûrement à Fez et sans doute à Tlemcen, Rabat, Meknès, je ne sais pas exactement quand, combien de temps : sans doute vais-je écourter le séjour à Oran, je crois sans dommage, si je peux profiter pour Tlemcen de la voiture du père, colons marocains, d’une connaissance de bateau, j’en fais beaucoup. Donc j’espère quelque chose à Casablanca, poste restante, mais hélas rien avant. Ensuite la correspondance sera difficile, car je ne saurais qu’à Casablanca peut-être quelle est la suite de mon voyage. Je termine chère maman en te recommandant de ne pas t’inquiéter pour moi. Je suis parfaitement en forme et je fais du tourisme, pas de l’exploration. Je t’embrasse 1000 fois, Ainsi que toute la famille

Six octobre 1951, Tlemcen, Cher papa chère maman, Un mot en attendant le car de Tlemcen à Oujda, à cinq heures du soir. La fin de ma traversée s’est bien passée. J’ai ensuite déambulé dans à Oran tout le temps, jusqu’au car qui m’a amené hier soir, à des vitesses dignes de traction avant, moi même pas mal balloté sur la banquette arrière. La visite de Tlemcen m’a déconcerté. Je comptais sur une ville arabe, mais c’est surtout une sous-préfecture provinciale au premier abord. Puis on trouve une ville arabe grouillante, des tisserands de tentures, une mosquée splendide. Cette après-midi j’ai vu les environs, très agréables et rappelant tout à fait la région de Montpellier. J’ai fait connaissance d’un paysan vieux et photogénique qui a répondu à des essais de baragoin par un français des plus pur, il m’a expliqué qu’il avait appris à l’école la liste des départements. Je vais fort bien, reposé par une bonne nuit à l’hôtel, après deux nuits de bateau et une journée dure à Oran. Je ferme un peu rapidement et écrirai de Fez où je serai demain midi, prenant un car à Oujda à cinq heures du matin.

8 octobre 1951, Meknès. Cher papa, Je continue la lettre expédiée avant-hier de Tlemcen. Après j’ai pris mon car pour Oujda, où j’ai encore joui des cars « deuxième classe » c’est-à-dire l’arrière du car, tassé de façon sympathiques. Je n’ai pas tardé à fraterniser et à la descente un ouvrier marocain revenant de travail agricole en Algérie m’a conduit dans « un hôtel arabe » : la pièce nue sur laquelle on pose une natte et… des punaises, insectes dont j’ai fait la connaissance. Les types étaient très sympathique, refusant que je paye, 20 Fr., offrant le thé, puis partant faire des achats splendides : Chemise à carreaux, théières nickelées. Bref une expérience intéressante. Hier matin à cinq heures après avoir été réveillé vers le muezin, que de couleur locale, j’ai pris le car pour Fès, sept heures de car. A l’arrivée je me suis aiguillé sur l’auberge de jeunesse, où j’ai trouvé la trace de la caravane de normaliens et sévriennes dont Madame Prenant m’avait parlé. J’y ai trouvé Monsieur et Madame Prenant, Monsieur Dresch, et mon futur assistant de géographie, caïman à normale, Pierre Brunet. Ils ont accepté de me prendre en charge, je vais faire un bout de voyage avec eux. Hier après-midi visite de Fez hélas bien courte avec un original converti à l’islam. Mais vu des choses rares : Les manuscrits de la bibliothèque, Aristote, Galien, Averroès, une médersa, et naturellement les souks avec leur odeur délicieuse de crasse, de bois de cèdre, de friture. Bref un aperçu qui permet ensuite de flâner dans la médina en s’y perdant moins, puis thé et interview serré d’un bourgeois fassi, nationaliste marocain, par Dresch. Et hélas ce matin le départ déjà pour Meknès, après une courte visite des alentours, permettant à Dresch de montrer l’environnement ; passage à la ville sainte de Moulay Idriss puis visite de Volubilis, sous un soleil écrasant, entre midi et deux heures, le tourisme est un dur métier. Cet après-midi visite de Meknès où je vais me coucher bientôt et surtout les souks où Madame Prenant prise de goûts commerciaux a marchandé ferme et acheté une demie douzaine de produits. Et départ demain matin pour Azrou, Khenifra, Bin el Ouidan, Kasbah Tadla : je recopie le programme, bref le Moyen Atlas. Rectification, c’est pour après-demain et avant un autre circuit rural dans le Moyen Atlas. Là je laisserai la caravane pour gagner Casablanca et voir Roger. J’aurai ainsi sur une partie du trajet une vision plus élaborée, à côté du contact direct aussi très intéressant quand on est seul. A Casablanca je trouverai de vos nouvelles et vous écrirai ; bon voyage et à la prochaine, excusez la rapidité : le tourisme accéléré des normaliens est fatiguant. 1000 baisers à tous de Claude

12 octobre 1951 Chère maman, je poursuis le récit que j’ai laissé à Meknes, Le soir après la visite de Volubilis…  puis le lendemain a été une journée champêtre dans le Moyen Atlas, très au frais par contraste avec le veille. Nous sommes allés déjeuner à Azrou après avoir tout le long de la route fait des observations géologiques et géographiques avec Dresch, ce qui était très intéressant, puis malgré le temps pluvieux nous nous sommes encore baladés à moitié à pied, moitié en car dans les forêts de cèdres (l’odeur !). Puis retour dîner à Azrou où nous étions très bien : un ping-pong que j’ai eu l’honneur d’utiliser avec le professeur Dresch. Enfin nous avons repris le car pour coucher à Ras el Ma, un endroit de forêt où se trouvent des locaux du service de la jeunesse. Nous étions reçus par un grand feu de bois de cèdre et un thé à la menthe. Puis départ sur Kasbah Tadla, une journée marquée par des incidents : deux éclatements et une crevaison. Le matin visite à un atelier artisanal « pilote » de tapis, à Azrou, puis nous avons roulé et déjeuné tard à Kasbah Tadla, puis visité un « secteur de modernisation du paysannat », essai de mise en valeur agricole des terres collectives d’une tribu, très intéressant. Ainsi j’ai passé quatre jours imprévus et très bien, en voyant des choses exceptionnelles. Puis hier matin j’ai trouvé une camionnette qui partait à cinq heures et m’a mis à neuf heures à Rabat, où je suis resté quelques heures, encore trop peu, je vais essayer d’y retourner. Avant de prendre un train pour Casablanca. Je loge chez Roger qui m’a reçu une façon épatante. Je vais me renseigner plus précisément sur la suite de mon voyage et vous écrire de nouveau très vite à ce sujet.

16 octobre 1951 Chère maman, voici le programme officiel des déplacements de ton fils Claude, décidé après de nombreux cas de conscience, dus au désir de rester avec Roger s’opposant au désir de voyager au Maroc. Je serai les 20 et 21 à Marrakech et avant en route sur la côte jusqu’à Agadir. Après le vingt il faut m’écrire à Alger car je remonte pour revoir Rabat et Fez les 22 23 et 24, puis je file sur Alger, renonçant ainsi à la région de Colomb Bechar, faute de temps, car les transports du Tafilalet sont très lents. Je serai jusqu’au 25 à Alger, puis m’écrire à El Oued, car je repars le 26 pour Laghouat et Ghardaia, puis rejoindrai Biskra et El Oued où je serai le 30. Tu vois que j’ai un peu changé mon programme pour plusieurs raisons : rester quelque temps avec Roger, lenteur (une semaine) entre Marrakech et Colomb Béchar. Besoin de voir plus à fond le Maroc en y sacrifiant une partie du sud algérien, mais pas Ghardaia. Ce voyage au Maroc est vraiment très intéressant, je me fais une joie non seulement de voir le sud et le Haut Atlas avec Marrakech mais aussi de revoir Rabat et surtout Fez : c’est ce qui a décidé de mon changement d’itinéraire. Ces quelques jours à Casablanca ont été sans histoire, je me documente sur le sionisme et Israël car on ne parle que de cela chez Roger.

18 octobre 1951 ce soir chère maman je commence une lettre racontant mon voyage depuis Casa jusque Mogador [Essaouira] où je suis ce soir et où j’attends le camion qui doit partir vers minuit et me prendre pour Agadir où je serai demain matin. En effet depuis hier matin je pratique le stop, non tant pour des raisons budgétaires peu inquiétantes que pour changer de l’autocar et ce n’est guère plus long. Donc hier matin je suis parti avec Roger de Casablanca et je l’ai accompagné à un camp hébergeant des futurs israéliens dont il s’occupe et qui est sur la route de Mazagan. Du camp à Mazagan [El Jadida] j’ai trouvé un camion et suis arrivé vers 11 heures. J’ai visité la ville c’est-à-dire les remparts portugais d’une grande beauté et très simples, avec le Vieux-Port et ses grandes barques ; avant cela j’ai pris mon premier bain dans l’océan Atlantique délicieux. L’après-midi je cherchais une voiture prenant la route littorale vers Safi et finalement j’ai pris en stop un car et j’ai pu suivre cette côte splendides, Bien éclairée par un soleil bas puis couchant en arrivant sur Safi. Le littoral comprend une dune puis une lagune avec des marais salants et des cultures enfin une falaise très élevée en retrait et j’attends d’être géographe pour en expliquer la présence. La descente de la falaise sur Safi au soleil couchant, puis à Safi j’ai été hébergé par des amis de Roger qui m’ont accueilli à bras ouverts sans me connaître. Ce matin visite à Safi d’une usine de conserve de sardines où travail un de mes hôtes. Puis achat de quelques objets en faïence, grande industrie de Safi avec le poisson. Regret de ne pouvoir emporter des plats décorés splendides et j’espère que mes petits échantillons arriveront sans casse. Vers 10 heures départ toujours en stop vers Mogador où je suis arrivé vers deux heures par un camion de sardines revenant à vide. J’ai été enthousiasmé par Mogador, visite de la ville ancienne à la fois arabe et juive, avec ses enceintes concentriques et ses ateliers d’ébénisterie à incrustation. Et surtout les Scala, fortifications portugaises autour du port, ici spécialement réussies, bien conservées avec les canons du XVIIIe siècle, les tourelles d’où l’on a une vue sur la mer et sur les iles proches battues par la mer. Puis bain à la plage. Maintenant je suis dans une gargote où l’on parle espagnol. J’ai trouvé un moyen d’avoir de l’appétit en dînant seul : lire le canard enchaînéce qui vous secoue les tripes de la plus heureuse façon pour la digestion. Je continuerai plus tard ce mot quand de nouveaux kilomètres m’auront donné une nouvelle matière. Je continue 2 jours plus tard de Marrakech. Mon camion est parti de Mogador comme prévu et m’a déposé le lendemain matin à Agadir après avoir fait du 25 à l’heure de moyenne. J’ai vu rapidement cette ville entièrement neuve qui s’étend sur des kilomètres et où seul le port présente que l’intérêt. J’ai surtout profité de la plage immense avec une eau épatante. J’ai pris le soir un autocar pour Taroudant, de peu d’intérêt, où j’ai passé la nuit sur la banquette de l’autocar qui devait me conduire à Marrakech. Il est parti ce matin cinq heures et jusqu’à une heure de l’après-midi m’a trimbalé à petite vitesse dans les merveilles du Haut Atlas que nous avons abordé vers le lever du soleil après avoir quitté la plaine du Sous. On monte en lacets plus haut que 2000 m au col du Tizi n’test d’où on descend sur le versant nord et d’où l’on voit même l’Anti-Atlas. On suit la vallée de l’Oued Nfis avec ses gorges profondes faisant penser aux Alpes avec leurs versants immenses. Ensuite une région de forêt du thuya avant de déboucher sur la plaine de Marrakech d’où l’on voit les plus hauts sommets déjà couverts de neige. Je suis arrivé un peu ahuri par deux nuits médiocre et une matinée très poussiéreuse. Je suis installé à l’auberge de la jeunesse et vais pouvoir visiter tranquillement la ville un peu ce soir et surtout demain dimanche puis je partirai pour Casablanca, puis Rabat, Fez et Alger.

24 octobre 1951. Chère maman, Je m’aperçois que je suis silencieux depuis quatre jours et que j’ai des nouvelles à donner de mon voyage. Je suis dans le train Fez- Alger. Comme prévu, je serai demain midi à Alger. Mon séjour à Marrakech dimanche s’est bien passé : je me suis promené le matin dans les souks en compagnie d’un agiste rencontré à mon logis, j’ai eu tout le temps de me promener, de marchander, de regarder les innombrables conteurs, charmeurs de serpent, prestidigitateur, et surtout le public. Après-midi, après un repas de brochette j’ai été promené en voiture par les Camps, qui m’ont montré tous les environs de Marrakech, avec les immenses jardins du pacha et les grands bassins – réservoirs, la palmeraie et aussi les tombeaux de sultan sahadiens. J’ai été ensuite invité avec dîner chez les Camps, avant de prendre un train qui m’a transporté à Casablanca où j’ai revu Roger et Mali quelques heures. Je suis ensuite parti en stop pour Rabat que j’ai eu le plaisir à revoir et où j’étais reçu pas des juifs amis de Roger, dont une israélienne en vacances qui m’a promené dans la ville où mon short et ma veste de toile m’ont fait prendre paraît-il pour un israélien. Hier matin, départ toujours en stop pour Fès où j’ai eu le grand plaisir de pouvoir me promener longuement jusqu’à ce soir. Je me suis régalé de cette ville, celle du Maroc que je préfère, car sa médina est à la fois la plus vaste, la plus intacte et la plus belle, dotée de mosquées qui font rêver rien qu’en passant devant, car au Maroc la visite d’une mosquée est strictement interdite, et surtout des rue moyenâgeuse, le terme est vrai bien qu’on en abuse, des portes et des fontaines en carreaux de faïence, et une foule inoubliable qui se presse, mais aussi des ânes chargés et des chevaux de selle. Suite 25 octobre chez les Pérès. J’ai passé cette journée à marchander tout ce qui se vend dans les souks car j’avais décidé de liquider mon argent marocain, si bien que je suis allé prendre mon train bien chargé. À six heures ce soir le train pour Alger, 19 heures de route, où la fraîcheur, voir le froid, contraste, comme à Fez avec la douceur du sud.

30 octobre 1951. Chère maman, je m’aperçois que mon courrier s’espace : cela tient sans doute à ma sédentarisation à El Oued qui me donne une vie moins remplie et d’ailleurs plus reposante. Le voyage était fatiguant à la longue : départ de car à quatre ou cinq heures, étape de 8 heures de car, train de nuit. Et de plus vivre assez seul, ce qui permet un contact facile avec un tas gens de rencontre, mais fatigue aussi moralement à la longue.

21 décembre 1955, à Pierre. Donc, j’enseigne les potaches du Havre. J’ai renoncé à partir chez les militaires cette année, me disant que l’affaire d’Algérie irait sans doute mieux… et qu’on ne m’y enverrait plus. J’y crois moins maintenant. Le résultat est que je suis arrivé au Havre en quelque sorte frustré d’un an et demi de « vacance » et aussi peu préparé que possible. […] Je pense que l’an prochain je partirai militaire ; on pourra alors après faire des projets à plus long terme : peut-être Françoise munie de la bien heureuse peau d’âne de l’agreg. […] J’ai profité de ces vacances anticipées pour penser à autre chose, lire un peu les Seksawa de Berque.

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Coopérant au Maroc : militant ou touriste ?

Mai 1958 : à la naissance de sa fille Cécile, Claude est « libéré de ses obligations militaires » comme père de deux enfants, après seulement 18 mois de service militaire en France. Françoise et lui négocient leur envoi « en coopération » comme profs de lycée au Maroc. Motivation : avoir deux postes dans la même ville, communier dans une réalité maghrébine commune « libérée » du colonialisme… et gagner 1/3 de salaire en plus de celui perçu en France.

 14 juillet 1958, Pesey Nancroix, à Pierre. Voici une lettre de vacances. Ayant au fond toujours bénéficié de cette institution, je trouvais avec fatuité « injuste » de n’en avoir guère eu les deux années passées. Depuis ma dernière lettre, j’ai repris contact un mois avec le métier au Havre. J’ai pris la chose avec pas mal de plaisir et en tout cas beaucoup plus détendu qu’il y a deux ans : la fréquentation du troufion m’a rapproché du potache en me permettant de le maîtriser plus facilement, chose fort éloignée des études dites sérieuses menées pendant quelques années. L’avenir se présente ainsi : sauf accroc nous partons enseigner tous les deux aux Casablancais en octobre. […]Je crois que c’est toi qui es dans le vrai, en ce sens que la démocratie parlementaire n’a rien à voir là-bas et que si une démocratie [co-éxiste avec] les plus ou moins féodalités (en Tunisie et Maroc comme Algérie), ce sera par le biais tortueux de la démocratie populaire.

22 août. Nos affaires marocaines se précisent en partie : Françoise a actuellement des assurances écrites, moi pas encore. Je vais passer à Paris quelques jours début septembre pour expédier le déménagement.

Casablanca, 30 septembre. Nous sommes dans nos meubles : 7 rue des colonies, Casablanca. Une villa proche du centre et du lycée de filles, petit jardin plein d’arbustes fleuris, rez-de-chaussée où loge une salle à manger, une cuisine, une salle de bain, la chambre de Gilles, la chambre de la gouvernante, plus une pièce vide qui te recevra j’espère dès qu’on lui aura donné au moins un lit. En haut une vaste pièce alcôve formant chambre living-room, une cuisine cabinet de toilette sans destination, un bureau. Terrasse en haut et en bas, le tout dans un style un peu vieillot, comparé à la moyenne des logements de style très moderne, légèrement mauresque par le carrelage de couleur et certaines petites fenêtres. Je compte écrire à Berque pour lui donner mon adresse.

Casablanca, 13 octobre, à Pierre. Françoise s’adapte à sa nouvelle boîte [Lycée de filles de Casablanca], un peu caserne au début. Ma boite [Lycée de garçons, Lyautey, de Casablanca], elle, est très sympathique. Dans les deux un public presque exclusivement non marocain (mais fort varié quand même !). Casa est très vivante et semble prête à livrer une humanité fort variée, surtout si on arrive à dépasser le cercle des profs français. J’espère avoir le courage de prendre un départ en arabe et de m’y tenir. En somme une agréable impression de chose qui s’ouvre, la vie politique vue de Casa montre déjà bien des problèmes : à côté de l’Istiqlal, plein de bonne volonté dans le genre un peu enfant de cœur [sic] d’après son journal, l’UMT semble s’employer activement à apaiser les conflits de grèves qui menacent ou éclatent souvent dans la ville. Les « affaires » ne vont plus comme dans le bon vieux temps, mais il faut faire la part du dégonflement de la spéculation formidable dont on voit les traces dans la construction même de la ville. Les Français sont à la fois paisibles mais presque tous aigres et imbus du bon vieux temps. Au contraire les quelques « nouveaux français » ont en général bonne presse auprès des Marocains (apparence au moins) et sont pour la plupart d’un progressisme optimiste. Au referendum, le Maroc a cassé les reins par son pourcentage [favorable à la nouvelle constitution de la Ve République française] même à l’Algérie (l’isoloir était inconnu, Françoise a voté pour moi) sans que je l’avoue cela sente la fraude ou la pression : le gaullisme des Français d’ici est évident, et le non-conformisme de quelques nous-autres est sans conséquences, et non répréhensible dans ce cadre de Français à l’étranger sans vie politique locale concrète. Au fond les « non » sont sur la touche, prêts à regarder le match entre les différents « oui » : ils sont multiples, à moins que le ciment ne provienne soit de la divination de Charles, soit de coups de pied au cul, lesquels ne sont pas entrés en jeu malgré qu’en aient dit les « non » brandisseurs de fascisme. Et soyons francs : De Gaulle a refusé de marcher dans la combine de la betterave comme aucun Mollet- Pinay n’a pu ou voulu le faire en 10 ans. Alors attendons toujours pour crier au pire que ça soit vrai. Ici le contact avec des Algériens peu désireux de rentrer chez eux sera sans doute instructif sur leurs espoirs maintenant.

Casablanca, 20 octobre Nous avons récupéré l’auto en bonne forme et sommes même allés à Rabat vendredi, sous prétexte de paperasse, en fait boire un pot à la kasbah des Oudaya. (Je suis avec intérêt les nouveautés du gaullisme, car j’ai bien du temps.)

Casablanca, 5 novembre. Nous avons profité de la Toussaint pour partir en ballade sans enfant. Après l’obligatoire passage à Rabat, paperasse à y régler, nous sommes passés à Meknès puis avons couché à Fès. Nous avons peu visité ces villes déjà connues un peu par les deux, réservant pour plus tard l’exploration à fond. Nuit en médina où Françoise a trouvé des poux. Nous sommes allés dans le Moyen Atlas, parfois en plein nuage, mais quelques bons coups d’œil fort géographiques. Le retour à Casa a été tardif, car après avoir pris une petite route pour joindre par une traverse, la crue d’un oued nous a fait faire demi-tour devant un gué pour repasser par l’éternel Rabat, sur l’autoroute où la 2 CV a besoin d’un bon vent arrière pour ne pas être trop lente. J’ai eu une lettre de Pierre, donnant de bonnes nouvelles d’El Oued et de l’atmosphère « démocratie populaire » du référendum [il s’agit de la Constitution de la 4eRépublique…].

Casablanca, 15 novembre. J’ai vu Berque : Il m’a donné des renseignements utiles et le conseil d’apprendre de l’arabe. Françoise et moi nous y sommes mis : deux heures de dialectal par semaine [du phonétique en caractères latins], « où est la table, que fait le maître, le plafond est en haut ». Il faudrait foncer plus sérieusement. Nous avons dégoté quelques amis, encore que le milieu des lycées soit assez désertique, dominé par des gens assez aigris et mesquins. Ici une fille sympathique solitaire, Simone Bossebœuf et un ménage que j’ai connu en préparant l’agreg, progressistes bon teint, les Noin. À Rabat un ami des Lefort, très bien, Charconet, est doué de relations avec des marocains, chose exceptionnelle. Toujours à Rabat la sœur de Gérard Nicolini et son mari, gens utiles pour résoudre les problèmes matériels et appartenant à la fraction éclairée et encore sur place du corps des contrôleurs civils.

Il est attristant de voir que les railleries et les aigreurs des vieux imbéciles ne sont pas seuls à peindre en noir la vie du Maroc. Sans parler de types du FLN qui ont avant-hier lynché et tué semble-t-il un officier français en plein centre de Casa, représailles aux opérations de la frontière algéro- marocaine. Le mécontentement rural n’est pas seulement le fait des impérialistes. Les milieux syndicalistes ne sont pas d’accord avec l’Istiqlal, dont on attend toujours les règlements de compte intérieurs. Au fond en un sens on attend le moment où gauche, Istiqlal, syndicats  et PC feront du Maroc une démocratie populaire… Mais comment mangeront-ils le palais, la montagne, et toutes les campagnes ? Pour terminer, l’ancien avocat de Ben Bella assassiné, peut-être par les vieux de la vieille de Présence Française.

Casablanca, 15 décembre J’ai eu une lettre de Pierre se demandant s’il « les événements » étaient apparents ici : fort peu en fait, mais surtout la crise gouvernementale et la fin du monolithisme Istiqlal -syndicats semble mener à des conflits plus ou moins abondants. Ce ne sont pas les journaux locaux qui renseignent là-dessus d’ailleurs. Ce ne sont pas les deux cours d’arabe marocain par semaine qui nous absorbent beaucoup. Nous savons ouvrir et fermer la fenêtre en arabe, compter et c’est à peu près tout, mais cela va venir.

Casablanca, 24 décembre. Nous allons sauf imprévu prendre la route tous les 5 pour une semaine au Moyen Atlas (Ifrane), où « La famille française » nous loue un petit chalet dans son centre d’estivage. Ce trimestre se solde par une adaptation facile et un pays sympathique. Seule chose à regretter : à peu près pas de rapports avec les « naturels », même en les cherchant, en dehors de nos lycées nécessairement.

Casablanca, 26 décembre, à Pierre. Nous venons d’exécuter ce trimestre assez bien pour tout le monde […] si ce n’est que le découpage détaillé de la France en rondelles n’intéresse nos pieds-noirs que de loin. Le public est composé de fils d’employés et fonctionnaires français assez fils de famille. Comme toujours quelques bons types (là, forte proportion de Marocains, au total très peu nombreux). Les collègues offrent peu de ressources avec une nourriture intellectuelle de potins, à l’exception de quelques chrétiens progressistes, souvent plus intéressants. Par le lycée, quelques visites intéressantes : le port et les usines Berliet- Maroc, simple chaîne de montage de camions. Le port est intéressant par un autre côté que j’ai pu voir : le rôle du syndicat (UMT) pour la « formation des cadres » destinés à remplacer les petits européens qui partent nombreux se faire recaser en France. Nous avons trouvé un « camarade socialo-barbare » très bien (à Rabat), avec qui on essaie de se tenir au courant de ce qui se passe au Maroc et d’entrer en contact avec des Marocains. Ici même découverte d’un philosophe fort bien. […] Je commence seulement à connaître Casa, monde qui vaut la peine et où Jacques Berque m’a indiqué des gens à voir. Il est certain que pour la démocratie populaire qui rôde, Casa et ses syndicats sont très importants. On n’y est pas encore je crois. L’affaire du militaire [français] lynché par des Algériens fait épisode seulement dans la ville ; mais surtout d’un côté la tension des salariés (port en particulier), de l’autre le mécontentement paysan permettent en somme une double pression sur l’Istiqlal qui se veut parti dépositaire de tous les intérêts. L’absence de perspective politique va sans doute continuer, après que de la mêlée de près d’un mois, le ballon semble sorti entre les mains d’un homme de la gauche de l’Istqlal, proche de l’UMT dit-on. Nous avons commencé à faire de l’arabe marocain, 2 heures par semaine. Il faudra intensifier sinon cela restera peu de chose, juste un acquis de prononciation. Comment fréter un hélicoptère pour toute notre tribu ? J’avoue que je renonce à El Oued pour le moment, en attendant la « prime d’installation » [les expatriés avaient droit à une prime représentant plusieurs mois de salaire, payée assez tardivement…]

Ifrane, 30 décembre. Le logement à Ifrane est finalement très commode, facile à chauffer. Ifrane est un plateau, à 1600 m au milieu de curieuses forêts de chênes verts qui étonnent sous la neige. C’est un immense lotissement de villas plus ou moins réussies, appartenant à des collectivités variées plus ou moins officielles (pour nous « l’Office de la famille française »). Nous avons poussé en auto jusqu’à des petits lacs gelés, puis à Azrou, pays des volcans, d’ailleurs moins spectaculaires que les grosses montagnes calcaires que l’on voit vers l’est de toute la région.. Comme de bien entendu, de nombreux collègues sont ici, mais pas jusqu’à présent ceux qu’on aurait vus avec agrément.

Casablanca, 4 février 1959. Ici, les événements politiques, attendus d’ailleurs, sont assez intéressants : c’est semble-t-il « l’Armée de libération » qui a mis en place le nouveau ministère, et qui maintenant élimine les pontes du Parti [Istiqlal ?] et le caractère gauchisant de l’opération est assez net, soutenu semble-t-il par la base de l’Istiqlal qui râlait depuis un certain temps contre « l’appareil ». L’habileté de Sa majesté au milieu de cela semble remarquable.

Casablanca, 16 février. Nous menons sagement notre vie de cuistres à copies. La vie mondaine de Casa va se manifester cette semaine par la réception de Chastel par l’Alliance française où on nous invite en tant que descendants d’une illustre famille. À part cela l’arabe est suivi plus ou moins studieusement et je cherche à récolter des documents sur la région de Casablanca. Nous sommes allés la semaine passée à Marrakech. Le trajet depuis Casa fait regretter de n’avoir pas une « déesse » : très monotone presque tout le temps. La place Djemaa el Fna, un temps réduite à l’orthodoxie, a retrouvé ses danseurs, acrobates, conteurs d’histoire. Les souks restent les mêmes avec un peu plus de tissus et quincailleries modernes chaque jour mais les teinturiers restent extraordinaires. Mes quatre mots d’arabe me permettent d’éliminer le guide à ventouse : en cas de nécessité, je vais marchander le premier objet venu, coûtant moins de 50 Fr. Pour prouver alors que je n’ai pas besoin de ce service. Le palais de la Bahia est fermé car le Prince Moulay Hassan y loge. Nous avons acquis un vaste tapis chichaoua épais comme ceux du Souf mais uni sauf deux angles et d’un rose saumon qui donne grande allure à notre premier étage. Un tout petit air de Haut Atlas me rappeler Berque et donner envie d’y retourner à Pâques. J’espère que ces descriptions du luxe colonial et touristique t’attirent.

Casablanca, 26 février. Voici un mot moins joyeux qu’au retour de Marrakech. La politique a bien des échos par ici, et je suis, tu penses bien, un des 481 mauvais français. Bien que je sois sûr de ne pas être désavoué par toi, peut-être penses-tu que ce Don Quichottisme était peu utile dans cette affaire. La réaction est venue brusquement voici huit jours sous forme d’une agitation des élèves… difficile à réprimer et de la tête inverse des collègues : nous sommes cinq mauvais français ici au lycée Lyautey. En dehors de cela un point m’embête : la cousine des Rodière Suzanne Kalnins nous a aidé à venir ici et une lettre de madame Rodière laisse entendre qu’on a pu l’ennuyer à cause de nous. Enfin les parents de Françoise ont assez mal pris la chose, mais je l’espère, cela ne peut aller loin. Ici je ne pense pas être en difficulté. Néanmoins un des collègues de Lyautey considéré comme « meneur » vient de recevoir l’avis de son retour en France pour le 15 mars, ce qui est énergique et rapide : six autres à Casablanca dans le même cas semble-t-il. Sans doute soulèvera –t-on l’indignation des syndicats de l’enseignement et sans succès sans doute aussi. J’avoue que dans le climat havrais 1956 ce genre de papier était le train-train politique dérisoire : Au moins ici on risque un peu et il y a un certain retentissement.

Nous avons vu récemment Chastel et sa femme, tous deux conférenciers de l’Alliance française, lui sur l’impressionnisme, très bien, et très critiqué parce qu’ils ne disaient pas « comme c’est admirable » à chaque tableau projeté. Elle bien aussi sur l’art rupestre de Lascaux. Après cela dîner où nous avons été invités grâce à notre illustre ascendance, où malheureusement Chastel s’est montré… presque parfaitement mondain. C’est quand même bien agréable de voir un type de cette classe.

Casablanca, 6 mars. Ici un peu de détente après ces deux tiers de trimestre assez longs et agités… depuis 15 jours. Un développement comique. Dimanche matin j’ai retrouvé mon auto, qui couche dans la rue, couverte de slogans vengeurs à la peinture mélangeant : coco, 481, À mort, À Moscou, Etc. L’effet était remarquable. On a pu tout effacer à l’essence chez un ami de banlieue, la traversée de la ville tel quel était belle. Depuis la tire couche au garage. On aurait pu crever les pneus et autres plaisanteries. À part cela une lettre de l’ambassadeur soi-même demandant « dans quelles circonstances » on a signé, ce que les uns ont interprété comme une invite à la rétractation, les autres à la délation. Après qu’une grosse majorité ait dit ne pas vouloir répondre, une pression des syndicats de France (il s’agit presque uniquement d’enseignants), va je crois réorienter l’affaire vers la conciliation, car la FEN n’a guère envie de défendre les martyrs du Maroc. Ceci est dans le même cadre que les demi silences et réticences de la bonne presse : Observateuret Express. Manifestement l’affaire a déplu politiquement : le mot d’ordre était de ne pas faire d’ennui au vieux Charles et de ne pas provoquer Gros Matou [Jacques Soustelle]. Le résultat semble prévisible : sanctions prévues réellement appliquées contre huit ou neuf : fin de détachement.

Une mise au point de René Rodière, montre qu’il n’a pas pris à son compte la colère très réelle de sa cousine, colère sans doute avivée par ses opinions mais aussi je pense par l’atmosphère qui règne aux Affaires étrangères. Le mot de papa m’a réconforté à ce sujet. De toute façon la tension va je pense diminuer avec ces courtes vacances puis avec celles de Pâques. Je ne crois pas à des sanctions, fin de détachement, en juillet. Si cela arrivait ce serait moins grave pour nous que pour beaucoup d’autres. J’espère que vous admirez les échanges de prisonniers entre le vieux Charles et le Malik. Avec de la surenchère on pourrait arriver à quelque chose de pas mal en somme, et en toute dignité.

Casablanca, 12 mars, à Pierre. Sans doute Papa t’aura parlé de mes difficultés, depuis un mois maintenant et je crois en voie de se calmer. Ayant signé, après tant d’autres pétitions, un texte sur l’Algérie, j’ai eu la surprise pour une fois que cela fasse du bruit : cela s’appelle « les 481 ». [ …] Cela est surtout comique, avec en plus des signataires excités qui se croient réfugiés politiques, France libre et tout. De tout ceci on aurait plutôt rigolé. Même quand j’ai retrouvé un dimanche matin la 2CV peiturlurée de « cocos à Moscou, 481 à mort, etc » Sans doute par ce qui doit être la section jeunesse de défunte Présence française ! J’avoue plus d’amertume devant les tentatives de chahut fort dur du public du Lycée Lyautey : en gros le gang des internes-qui-s’ennuient appuyé sur les pions corses (dont l’un joue de la lettre anonyme dans les casiers à courrier des mauvais français…). J’espère que les vacances calmeront tout ça, à moins que d’ici là un « auteur » coincé ne soit livré par moi aux autorités, qui voudront arranger l’affaire ! La situation est curieuse : la minorité marocaine passive, le gros des français maintenant remis de son indignation et plutôt pour moi, enfin les activistes : il faut être face aux fauves et le tableau noir reste vierge, très mauvais pédagogiquement… en plus c’est fatiguant nerveusement, bien que ça me rende éloquent (je suis en pleine histoire coloniale de la 3eRépublique…) . J’ai en effet ici [comme collègue] Fosset, auteur d’un diplôme sur les émigrés [maghrébins] à Nanterre : en première approche, de son travail un exemplaire se trouve détruit ou perdu à Alger, l’autre en vadrouille… En tout cas au moment où il l’a fait, pas de Souafa repérés, mais seulement des gens de Biskra. Quand à Vanney, c’est un des meilleurs de la génération (sans doute pour cela malheureux à l’agreg…) que j’ai peu connu, mais un de mes meilleurs copains est le sien (Michel Drain, qui a été avec moi au CDG à Paris, puis avec Vanney au CDG d’Alger). […] Les progrès en arabe sont lents, nous sommes des élèves peu studieux et les occasions de parler manquent. Les quelques contacts avec des marocains sont intéressants : des types de 30- 35 ans, en général étudiants en France pendant « les événements ». Depuis la scission de l’Istiqlal ils sont benbarkistes [Ben Barka sera assassiné en 1965], c’est à dire « de gauche » contre les vieux cadres centraux du parti fidèle à Allal el Fassi, grand phraseur étonnant. Tous ces types occupent des postes administratifs souvent importants et leur côté démocratie populaire est à la fois net et assez lucide : le thème essentiel est le manque de cadres et le besoin d’une direction ferme, et disant d’eux-mêmes que les bureaucrates maladroits et autoritaires ( dans les syndicats en particulier) sont nombreux et que le pays n’a rien de démocratique. Ils prévoient que si les fameuses élections municipales ont enfin lieu, ce sera partout l’unanimité selon celui ou ceux qui sont puissants ici ou là. Ceci éclaire les pourcentages triomphants, de l’Europe centrale à l’Algérie ou à la Tunisie. En même temps le désir de bâtir le pays est évident et le modèle français toujours présent. Je revoie une lettre ancienne : je vais tâcher de me procurer un code civil marocain et te l’envoyer.

Casablanca, 29 mars. Ce trimestre a été long, peu coupé… sauf par la période de tensions. Nous fréquentons en particulier une masse de lyonnais [Touilleux], ce qui nous a permis de voir Domenach, l’homme de Esprit, qui s’est livré à un exposé intéressant sur la situation en France : nécessité de se mettre dans la tête qu’on a pour un certain temps un mélange d’Adenauer et d’Eisenhower comme raison sociale. Et que ce n’est pas la gauche (laquelle ?) qui y changera quelque chose. Restent intéressantes alors des perspectives beaucoup plus lointaines, ou bien ce qu’on peut faire modestement, non pour changer la longueur du nez du grand Charles, mais pour des contacts sur place ici : le mouvement des 481 parle de devenir une association France Maghreb, ce qui serait peut-être utile. On trouve ici, ou à Rabat, des gens qui font du bon travail, en particulier un prof de philo à la fac de Rabat, ancien du centre libanais de Berque.

Nous sommes enthousiasmés par la nouvelle de ta conférence le 4 juin à Tétouan, nous y allons sans aucun doute.

La lettre de Pierre que j’ai reçue donne de bonnes nouvelles et les transformations dont il parle à la suite des élections municipales me donnent envie d’y faire un tour un jour. Son jugement sur les 481 est modéré et sans appel : la nécessité de l’union des Français à l’étranger ne fait aucun doute pour lui.

Casablanca, 5 avril 1959, à Pierre J’ai un peu profité de cette semaine pour lire des choses sur Casa – et par comparaison sur Brazzaville [sans doute de Georges Balandier : Sociologie des Brazzavilles noires, Paris, A. Colin, 1955]. Il y a en somme beaucoup à faire et pas tellement de concurrence en géographie humaine, délaissée ici pour l’éternelle étude du relief. […] Ici l’atmosphère « politique » s’est calmée et celle du lycée aussi […] Je n ‘ai pas été étonné de l’idée que tu as d’une nécessité évidente d’unanimité entre les Français à l’étranger : c’est bien la question, mais elle se pose paradoxalement parfois à l’inverse. Sans croire bien sûr aux fariboles sur le « sabotage » de l’aide technique selon Bourguiba, ici la masse de « vieux français » est forte et garde tant de réactions antiraton (vieilles habitudes, plus souvenirs de l’affreuse époque du terrorisme, plus rancœur de sa défaite). Se désolidariser de cela est presque une nécessité et sans qu’il s’agisse de « lèche aux marocains » (je ne dis pas qu’il n’y en a pas !), c’est bien par rapport à eux qu’on est obligé de ne pas faire partie du bloc. Si le problème des francaoui- aides techniques doit être difficile en Afrique Noire, ici ils peuvent de plus en plus avoir à se poser en face de la 2ecouche « indigène » des vieux européens. Bien sûr ces temps-ci j’ai tendance à durcir ces oppositions. . j’avoue que la fatigue de fin de trimestre m’avait dégouté de « cette race » et je pensais avec étonnement que leur description à Oran par Camus était plus séduisante que en chair et en os ! Au fond c’est un aspect que je n’avais pas connu à El Oued, véritable pays d’Afrique Noire à cet égard. Les subtilités des rapports de fraternité ou de racisme dans une population aussi composite ne se laissent pas apercevoir d’un coup. A part cela je crois comprendre pourquoi « la bonne presse » du genre Express a fait grise mine aux 481 : ils gâchaient le travail au moment où se prépare la grande entrevue Charles 1er/ Mohamed V, dont on parle beaucoup.

Casablanca, 26 avril Notre voyage s’est bien passé, par Agadir Taroudant, Marrakech, puis Beni Mellal et la région du grand barrage de Bin el Ouidan. Tout ceci un peu bref : on aurait voulu rester dans le haut Atlas en particulier, mais c’était une bonne détente et une occasion d’essayer trois mots d’arabe, avec l’inconvénient des interlocuteurs qui croientqu’on les comprend. Ces temps-ci, l’imagination des élèves comme des professeurs se tourne surtout vers la plage où le soleil est déjà fort dur, après tout c’est la latitude d’El Oued.  Les « bruits » variés laissent espérer que dans sa gloire, mon Charles et Sa Majesté vont faire de grandes choses pour le 18 juin : même des Algériens d’ici le disent et personnellement je préfère un règlement même bâtard à la guerre, ce n’est pas l’avis de tous les Algériens.

Casablanca, 10 mai Comme distraction, la foire de Casa se défend : Certains disent «  il n’y a personne comme public, on ne voit que des arabes ». Avec toutes les démocraties populaires représentées et un cahier de signature remarquable au pavillon chinois. En effet, il y a plus de badauds marocains que de français à carnet de chèques en mal de machine à laver parmi les visiteurs.

Casablanca, 20 mai J’ai fait une demande pour passer dans un lycée à clientèle marocaine, avec pas mal de chance de l’avoir, tout le monde semblant d’accord pour me prendre et m’expédier, dans l’optique des 481, bien sûr. J’avoue que l’atmosphère à la fois pieds-noirs et américaine de Lyautey me déplait : peut-être m’entendrai-je mieux avec les marocains, dont le bas niveau ne sera guère au-dessous de celui de Lyautey. De plus il paraît que ce sont des élèves venu au lycée pour y travailler, chose remarquable.

Casablanca, 24 mai Je suis allé avant hier voir Pouget pour lui faire part oralement de ma demande de mutation. Cet homme m’a déconseillé avec des arguments frisant un peu le chantage : « on met votre poste à Lyautey vacant, puis si vous ne pouvez avoir ce que vous voulez on vous envoie … qui sait à Oujda ». Mais plus encore l’argument : «  réfléchissez et je réglerai cela avec votre père qui, sous-entendu, ne manquera pas de vous conseiller de rester où vous êtes ». Je souhaite évidemment que tu dises à cet homme que tu t’en laves les mains et – éventuellement-  que c’est pour le bien du service que je cherche une atmosphère différente de Lyautey. J’espère que ça s’arrangera une fois sûr du poste à demander, si la Mission se rend compte que je tiens à la chose. Depuis que tu es au Conseil supérieur [de l’Education nationale], le respect que les Bataillon de Casa imposent à leurs collègues augmente…

Casablanca, 1erjuin. J’essaie de me mettre au travail pour moi maintenant qu’il n’y a plus de travail scolaire : lire des choses sur le Maroc… (je vais à la bibliothèque municipale), en attendant de pouvoir mettre des choses au point. Nous chassons le logement et c’est très occupant… assez amusant aussi.

Casablanca, 29 juin La semaine écoulée depuis ton départ a été bien sûr agitée, avec déménagement : Nouvelle adresse 12, rue de la Libération, Oasis, Casablanca. Une charrette à cheval a pris les meubles volumineux, puis les autos des amis les piles de livres et le matériel varié. Nous découvrons les avantages du logement, bien plus commode parce que bien distribués et sans étage, avec un jardin mieux pour les enfants, sinon très agréable. Par ailleurs manque de placards, tout les ustensiles, livres et papier s’étalent au hasard par terre pour le moment.

J’ai passé vendredi et samedi à Rabat pour l’oral du bac et j’en ai profité pour voir des gens : le milieu de la recherche est bien sûr plus abondant qu’à Casablanca. Je vais tâcher cette semaine de compléter ces prises de contact, afin de rester moins enfermé dans un lycée l’an prochain. Pour les livres je voudrais potasser cet été : François Perroux La coexistence pacifique, Sauvy  La nature sociale, Gurvitch Vocation actuelle de la sociologie. Et Jacques Berque Les arabes.

19 juillet 1959, à Pierre  Nous sommes partis de Casa avec Gilles seulement. Nous avons atteint Ceuta en 2 jours en traversant le Rif, par Ouezzane, Chaouen et Tétouan : des villes comme il n’en existe pas ailleurs, d’une allure étonnante. Après une courte traversée nous avons pris la route d’Algesiras, encore une ville pleine d’allure. […]Ici [à Barèges] je vais tâcher de lire quelques bouquins de sociologie qui peuvent me servir. En effet je pense de + en + à sortir de l’enseignement de lycée, soit pour servir de « technicien » à des services du genre agriculture (au Maroc ou ailleurs) soit pour décrocher un poste d’assistant. Dans les deux cas il faut se poser en disant « je travaille à une thèse » : je vais donc essayer de travailler sur la question des souks, des petits centres urbains et de la vie de relation dans la région autour de Casablanca. […] Mon ami Drain (celui de Bône) était avant au Centre géographique de l’armée à Alger et a participé à l’atlas des communes du Sahara, qui m’a semblé bien fait (tu dois connaître la chose).

11 aout. Je lis souvent de façon hachée mais suis venu à bout de Gurvitch et ai entamé Perroux. Les amygdales de Sa Majesté font abandonner le peu d’espoir qu’on gardait encore dans la conjonction des deux grands hommes : ce qui dure depuis quatre ans [la guerre d’Algérie] peut continuer encore, en somme.

Casablanca 2 octobre. Voici deux jours que nous sommes ici après un voyage sans histoire : la traversée des Pyrénées par Roncevaux puis Aranjuez, Cordoue, Algésiras. Ici nous avons trouvé la maison impeccable et Khadouj fidèle au poste. Je suis à Moulay Abdallah, après décision le 28 septembre seulement. Pouget expliquant paraît-il que c’est « parce que mon papa a tant insisté »… et  la réputation de fils à papa s’est installée !

Casablanca, 8 octobre. J’ai un horaire qui me laisse libre à partir de jeudi midi, grâce à Sabatier « le rouge ». […] Et ce début de semaine a été sympathique avec des collègues déjà connus souvent et des élèves du genre intéressant, par leur bonne volonté plus que par leur culture bien sûr : fils d’artisans, voir de fellahs, boursiers et internes pour beaucoup.

Je vais prendre contact avec Rabat demain pour mon travail et pour mon changement administratif. […] Casa n’a guère changé, sauf des noms de rues, considérablement marocanisés cet été.

Casablanca, 24 novembre  Voici presque trois semaines depuis mon retour d’Alger [C’est le début de deux ans de travail pour le livre collectif sur le Sahara commandé par l’Unesco, voir http://alger-mexico-tunis.fr/?p=1992. Le temps a été aspiré entre cours à rattraper et remplacements de collègues. Plus quelques textes d’enquête ou autre à mettre au point et à taper pour l’Unesco : j’ai eu une belle machine à écrire Olivetti.

Le travail s’organise au collège, mais je crois que nous avons perdu Sabatier, rentré « temporairement » à Paris et sachant qu’il a une leucémie. Voir partir un homme aussi vivant et actif est insupportables. En plus son collège dérive en pleine organisation de classe nouvelle.

Casablanca, 29 décembre, à Pierre  […] Le travail scolaire à Moulay Abdallah est intéressant avec une majorité d’élèves désireux de travailler- et fort incultes. C’est à la fois bien étrange et enthousiasmant de montrer la Renaissance ou autres du même genre à ces types. En même temps on voit à quel point le prof –ou l’instit- ne voit que la face européanisée des élèves, dont l’esprit doit être fortement cloisonné avec d’un côté la famille et la tradition, de l’autre la langue et la culture française. On voit aussi ce qu’est Fez dans le Maroc : le seul lieu de bourgeoisie cultivée et les fils des gros commerçants fassis émigrés à Casa se distinguent par leur finesse et leur culture (en français comme en arabe), parfois aussi par leur susceptibilité ! A côté, des campagnards proches ou lointains, souvent internes, ou bien logés on ne sait comment chez un vague oncle commerçant : nous avons en 15 jours un garçon à la maison, que son oncle avait mis dehors et dont on n’arrivait pas à régler le sort avec une bourse d’internat (quant au père il est dans l’Anti-Atlas). On est rêveur en sachant que ce Chleuh a appris l’arabe et le français en deux ans de primaire et un an de secondaire – et que dans 2 ans encore au collège, plus un stage hypothétique, on en fera un instituteur ! Pour ce qui est de la politique marocaine, j’ai moins de temps pour lire la presse locale que l’an dernier et je perds les pédales devant les mystères de formations tantôt alliées, tantôt ennemies, dont les troupes sont fort hypothétiques. Au milieu le souci de sa majesté : durer.

Casablanca, 17 novembre 1960, à Pierre  […] la rentrée dans un établissement déjà connu (pour la première fois) se fait en souplesse. J’ai retrouvé des élèves, ce qui est souvent agréable. J’ai fait aussi connaissance avec les classes « réformées » : scolarité plus courte, largement plus en arabe, pour des gosses ayant eu une scolarité primaire un peu désorganisée, sortant de milieux fort modestes ; l’adaptation nécessaire est considérable, usage d’un vocabulaire réduit, leçons de chose et de vocabulaire.

Mexico, 6 septembre 1962, à Pierre  […] Les nouvelles d’Algérie, les tiennes et celles des journaux, sont sombres et ceux qui comme moi ont plus ou moins activement souhaité « cela » auraient bonne allure à se voiler la face. A côté des règlements de comptes, je continue à croire que ce pays sera moins un guignol et plus une nation que son voisin du Maroc, d’où les nouvelles reçues ne sont pas toujours encourageantes malgré le calme.

***

1974-1995Dans ma vie professionnelle de chercheur à l’Université de Toulouse Le Mirail, c’est plus une ambiance qui prédominait, favorable au Maghreb décolonisé, sans approfondir les changements et différences qui se creusaient dans ces sociétés. Mes contacts avec les arabisants locaux ne se sont qu’à peine amorcés à l’occasion de l’invitation à l’Université de mon vieil ami Edmond El Maleh, juif marocain venu vivre à Paris avec sa femme Marie-Cécile.

 Je retrouve dans des dossiers le nom de doctorants qui ont abandonné leur projet ou dont j’ai perdu la trace : Guy Léonard (Casablanca), Azedddine Harouchi (Maroc). D’autres ont abouti : Naïma Lakhal (El Jadida) a travaillé sur une géographie de l’artisanat : c’est pour sa soutenance de thèse que Camille Lacoste a été invitée au jury, occasion de faire connaissance avec elle ; Driss Boumeggouti a travaillé sur le tourisme international au Maroc ; Ahmed Zerbane sur « sol et logement urbain à Meknes ».

 En juillet1982, trois semaines de tourisme au Maroc me font connaître un pays plus violent que mes souvenirs vieux de plus de vingt ans, peut-être enjolivés. Le premier contact avec le Rif est cette route de Tanger à Alhucemas qui permet de palper à chaque tournant l’emprise du « kif » : les vendeurs frôlent les voitures, les villas luxueuses et les entrepôts en tôle des trafiquants de la drogue sont partout. On sent en période de ramadan les tensions et frustrations, y compris pour Tahar Benjelloun que nous rencontrons à Fès où il est en compagnie de nos vieux amis Edmond et Marie-Cécile El Maleh. Dans cette ville, se promener en medina sans guide payé est presque une insulte à la profession : les jeunes en mobylette sont à la limite de l’insulte.

 Avril 2005( De Pierre) Après deux jours de grand dépaysement à Fès (al Bali), nous voici à Meknes. Deux mondes différents. D’abord un bain de moyen âge, avec un riadh genre palais arabe, hors du temps ; reclus dans le silence avec le murmure du jet d’eau et les roucoulements de la colombe. A peine sortis de ce refuge, les rues marchandes de la medina, deux mosquées entrevues et deux medersas visitées avec un guide très pieux qui m’aidait à déchiffrer les arabesques : versets du Coran et hadits/ Musée des métiers du bois remarquablement aménagé par un mécène/ 2 coopératives : celle des tapis et celle des cuirs/ Foule de piétons très animée et incursion vers des places où s’étalent les fripiers… et quelques conteurs. Ballet des hirondelles au couchant. On a terminé par le quartier proche de la gare de Fès ; puis en train fort sympa en 2eclasse jusqu’à Meknès, omnibus avec arrêt à chaque station.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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