Vies d’exil, 1954-62, en France, des Algériens

 

 

page de titre du catalogue

1954- 1962, des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie

Exposition du 9 octobre 2012 au 19 mai 2013, Musée d’histoire de l’immigration, Porte dorée, Paris

affiche de l’exposition

Organisée entre autres par Benjamin Stora, l’exposition montre un ensemble de documents clairement commentés. Le catalogue, Algériens en France, est édité par les éditions Autrement (septembre 2012).

Nous décrivons aussi (posté sur ce blog en décembre 2012) l’exposition « Paris en guerre d’Algérie », mais aussi antérieurement celle du Musée des Invalides à Paris (posté le 19 juin 2012 sur ce blog)  ), celle de l’IMEC à Caen (posté le 18 juin 2012 sur ce blog).

Au milieu de photos, correspondances, affiches, tracts, livres, des vidéos de témoins de l’époque, des séquences saisissantes comme un Cinq colonnes à la une de Pierre Desgraupes.  Il y parle du logement, en hôtels garnis pour les célibataires, quand ils ne sont pas comme les couples à enfants majoritairement en bidonville, où ces Algériens construisent des baraques qu’ils réaménagent peu à peu « en dur ». Ces migrants, comportent encore très peu de femmes, venues depuis 1950, et leurs enfants. Ce sont en majorité des hommes seuls, jeunes, ouvriers, rarement dans des emplois qualifiés. Mais une couche moyenne se développe, commerçants et artisans ; les cadres ne sont que quelques centaines en dehors des étudiants. Ceux-ci sont peut-être moins de 1000, plus nombreux sans doute qu’à Alger (où ils sont 500 en 1955).

 

Ces migrants sont en 1954 plus de 200 000, en 1962 plus de 400 000, entre les grandes agglomérations industrielles (Paris, Marseille, Lyon) et les sites de mines ou d’industrie lourde. Ils viennent au début de Kabylie, puis depuis 1944 de toute l’Algérie. Un fascicule des Documents algériens de mars 1955 parle de « 300 000 nord africains en France » dont 20 000 marocains et 5000 tunisiens ; certaines communes de Kabylie ont 20 à 50% de leurs hommes adultes en France ; seulement 5000 familles [ce qui fait 25000 personnes ?] ; 10 000 hommes sont mariés en France à des françaises. Par soustraction on peut calculer que les hommes jeunes algériens vivant seuls en France sont 240 000.

 

Ils acquièrent une culture française (langue, alphabétisation, syndicalisme), ils forgent une culture algérienne, entre la musique des cafés et la participation politique, très majoritairement dominée par le messalisme en 1954, peu à peu déplacé par le FLN au cours de luttes sanglantes avec celui-ci, qui devient largement majoritaire vers 1959. Pour donner une approximation chiffrée on sait que les hauts salaires atteignent mensuellement 70 000 francs [anciens, bien sûr, soit 700 « nouveaux francs » de 1960], quand ceux d’en bas sont moins de la moitié, pour un loyer en garni vers 5000 et une cotisation au FLN autour de 3000.

 

On sait qu’après 1962 le flux des migrants continue à croitre, grossi de plus en plus par des Marocains et des Tunisiens, grossi surtout par la venue progressive de femmes, les couples et leurs enfants posant un problème croissant de relogement en HLM, à mesure que les bidonvilles sont rasés jusque vers 1970.

 

L’exposition nous montre la naissance de la littérature algérienne dans les maisons d’édition françaises :  Mohamed Dib, Mouloud Ferraoun, Kateb Yacine (rappelons que commence alors l’étude littéraire  de ces romans grâce à Jacqueline Arnaud, professeur de français en lycée à Casablanca vers 1959 et élève de Etiemble)

Jacqueline Arnaud à Paris

L’exposition rappelle aussi que c’est en France au contact  de la CGT que naît l’Etoile nord-africaine, ancêtre du PPA, en 1927 : culture de solidarité, de discipline et de protestation, qui trouve une place dans les cortèges et manifs de la sphère syndicale française. La manifestation du 18 octobre 1961 est évoquée en particulier par plusieurs « rapports » écrits (calligraphiés en français) de la main de militant(e)s. On évoque la naissance d’une culture, de la chanson particulièrement, à Barbès- La Goutte d’or. Celle-ci nous est rappelée  dans le  vidéo présenté récemment, au Centre culturel de la Goutte d’or, Institut des Cultures d’Islam http://www.institut-cultures-islam.org, avec la puissante figure de la cheikat Remiti.

 

C’est une culture franco- maghrébine qui se forge en France, différente des cultures franco-maghrébines des Maghrebs, mais interdépendante avec celles-ci. Voir aussi le volume de la revue publiée par le Musée, que présente ce centre de la Goutte d’or : L’émigré-immigré algérien

Samedi 24 novembre – 12h00
, Avec la revue Hommes et Migrations

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