Saga : guerre du feu, Al Andalus, Alger des raïs

 

 

Fatéma Bakhaï 
est née en 1949. Elle quitte l’Algérie à l’âge de deux ans avec ses parents pour s’installer au Maroc, puis en France en 1953. Elle passe toute son enfance à Saint-Etienne. De retour en Algérie après l’Indépendance, elle poursuit sa scolarité à Oran, puis enseigne le français. De 1975 à 1981, elle est magistrate au tribunal d’Oran. Elle exerce depuis 1981 la profession d’avocate. Elle nous raconte son enfance en France dans le livre collectif  Algérie 50, pages 201-212, (Le « Ville de Marseille »), Magellan/ Cité nationale de l’histoire de l’immigration, 2012, ouvrage dirigé par Yahia Belaskri et Elisabeth Lesne. Ses livres : des romans, dont plusieurs pour enfants. Sa trilogie  Izuran a vocation d’être pour l’Algérie l’équivalent du Tour de France par deux enfants pour la France (1877), livre de lecture du primaire et en même temps livre de géographie, d’histoire et d’instruction civique. Cette saga est publiée dans trois volumes successifs.

 Izuran, [Racines, comme le titre français de la saga de l’esclavage africain en Amérique (Alex Haley, 1976, prix Pulitzer 1977)], ce roman est d’abord publié aux Editions Dar el gharb [= La maison de l’ouest], Oran, 288 p., 2008). Volume I. Izuran. Au pays des hommes libres ; Volume II, Izuran, Les enfants d’Ayye, Editions Dar el Gharb 2008/ Edition Alpha, Alger, 2010, 197 p. Volume III Izuran. Au pas de la Sublime Porte, Edition Alpha, 2010, 228 p.

 

La guerre du feu (1911), Salambô de Gustave Flaubert (1862) sont les références pour le lecteur du volume I, mais aussi derrière cela deux partis militants essentiels: une histoire longue, du néolithique aux présages de la conquête arabe, une histoire vue depuis des gens ordinaires qui sont dans ce Maghreb central « depuis toujours ». C’est pourquoi l’auteure sous-entend qu’ils parlent des dialectes berbères (on dirait Tamazight de nos jours), quand bien même l’histoire leur apporte la langue de Tyr à travers Carthage, puis le grec autant que le latin. Histoire de multiculturalisme souple qui ne se déprend jamais de particularisme indépendantiste multiforme. Religiosités multiples aussi.

 

Si le volume I est surtout « local », quelque part en Oranie surtout, le second volume est la fresque d’un Maghreb multiforme qui a comme plus beau fleuron l’Espagne (Al Andalus). La succession des générations du roman incorpore, dans ce monde berbère qui s’islamise, des chrétiens, aussi bien « locaux » qu’espagnols (« mozarabes »), des juifs de toute la Méditerranée, en une succession de civilisations où guerriers, savants, mystiques, chimistes, botanistes, ingénieurs, architectes et géographes sont réunis par les hasards des filiations, jusqu’au départ des caravelles de Christophe Colomb vers le large de l’Atlantique. Après des configurations politiques qui unifient temporairement ou découpent le plus souvent cet espace maghrébin, c’est au XIIIe siècle que le centre « algérien » s’individualise par rapport à l’est et à l’ouest.

Le troisième volume s’ouvre avec le départ de la famille centrale du roman depuis l’Andalousie vers Fez en 1492, et vite de là vers Alger. Encore des lignées de médecins, pour un récit très « algérois », dans la Régence secouée par ses querelles entre janissaires et avec ses raïs incapables de renoncer à temps à la guerre de course quand les puissances européennes mettent fin à sa rentabilité. Cette Algérie qui se constitue avant l’intervention des Français inspire moins l’auteure que ses ancêtres plus lointains.

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