Juárez et Maximilien, dans le Tiers-monde des années 1960

Couverture de l'édition de 1965, dessinée par le peintre Javier Oteyza

Couverture de l’édition de 1965, dessinée par le peintre Javier Oteyza

Juárez et Maximilien, dans le Tiers-monde des années 1960, centenaire d’un Mexique avant la naissance de l’Etat-nation

Le Mexique a connu récemment une cascade de commémorations, avec en 2010 le bicentenaire de l’indépendance et le centenaire de la révolution, puis en 2012 le cent- cinquantenaire de la « récupération de l’orgueil national » qu’a représenté la victoire à Puebla des partisans de Benito Juárez sur les troupes de Napoléon III.

couverture de l'édition 2012 de "Maximiliano..."

couverture de l’édition 2012 de « Maximiliano… »

Les autorités du Colegio de Puebla ont à cette occasion demandé à l’historien franco-mexicain Jean Meyer de sélectionner une collection de livres à republier, parfois grâce à une traduction pour une première version en espagnol, en général avec une introduction de mise en perspective des conditions de publication initiale, recadrant le contexte social et politique où est né chaque ouvrage. Seize livres sont ainsi parus en 2012 :

Selección Jean Meyer

  • La expedición a México. TOMO 1
  • Revistas históricas sobre la Intervención francesa en México I (1862-1863). TOMO 2
  • Revistas históricas sobre la Intervención francesa en México II (1864-1866). TOMO 3
  • Voces favorables a México en el Cuerpo Legislativo de Francia. TOMO 4
  • Discursos parlamentarios sobre la expedición a México. TOMO 5
  • Maximiliano en México: recuerdos de una mujer sobre la intervención francesa. TOMO 6
  • La intervención Francesa y el Imperio de Maximiliano en México. TOMO 7
  • Oposición francesa a la política mexicana del Segundo Imperio, (1931). TOMO 8
  • La gran idea de Napoleón iii. Los orígenes de la Intervención francesa en México 1858-1862. TOMO 9
  • La expedición a México. Relato político y militar. TOMO 10
  • Documentos inéditos o muy raros para la historia de México. La Intervención francesa en México según el archivo del Mariscal Bazaine (I). TOMO 11
  • Documentos inéditos o muy raros para la historia de México. La Intervención francesa en México según el archivo del Mariscal Bazaine  II.TOMO 12
  • La opinión francesa sobre Estado Unidos y México 1860-1867. Extractos del reporte de los procuradores generales. TOMO 13
  • El ejército francés en México 1861-1867. Estudio del gobierno militar. TOMO 14
  • La Intervención francesa y el Imperio Maximiliano cien años después 1862-1962. TOMO 15
  • México y la política exterior de Napoleón III. TOMO 16

L’avant dernier livre de cette collection m’est cher et je suis heureux, en souvenir de François Chevalier (1914- 2012), de présenter ici la version française de l’introduction écrite pour la réédition de cet ouvrage.

 La Intervención francesa y el Imperio Maximiliano cien años después 1862-1962
TOMO 15, Arturo Arnaiz Freg y Claude Bataillon coord.
Director de la colección: Jean Meyer
ISBN: 978-607-7676-25-6, 2012. Coeditores: Gobierno del Estado de Puebla y Secretaría de Educación Pública, 272 p.

Resumen: Ciclo de quince conferencias dedicadas al estudio de la intervención francesa en México, impartidas por historiadores mexicanos y franceses en 1962, con motivo del centenario de la batalla de Puebla. El grupo de conferencistas estuvo integrado por François Chevalier, Moisés González Navarro, Luis Chávez Orozco, Wigberto Jiménez Moreno, Frédéric Mauro, Xavier Tavera, Ernesto de la Torre Villar, Luis González y González, Antonio Martínez Báez, Vicente T. Mendoza, Francisco Monterde, Manuel Maldonado Koerdell, Mauricio Gómez Mayorga, Juan Ortega y Medina y Daniel Cosío Villegas, quienes trazan un panorama de las condiciones políticas, económicas, sociales y culturales imperantes en México de 1861 a 1867.

 Prologue, Claude Bataillon

Ce livre me tient à cœur parce que c’est le premier dont j’ai assuré la réalisation au Mexique, en langue espagnole. Ce travail concerne des textes d’historiens (je suis géographe, pas historien) qui m’ont permis de commencer à former ma connaissance de la société mexicaine. Ces textes ont été pour moi une préoccupation permanente de 1962 à 1965, car leur publication avait toute chance de ne pas aboutir, ce que j’ignorais en 1962.

1962, un âge d’or pour le Mexique priiste ?

En arrivant à Mexico en janvier 1962, j’étais hanté par l’acte final du drame qui se jouait en France : la fin de son empire colonial, dans les soubresauts de huit ans de guerre d’Algérie. Je découvrais un Mexique politiquement stable, d’autant plus que l’on ne me parlait guère des événements de 1959 : grève des ferrocarrileros, assassinat de Rubén Jaramillo, emprisonnement de David Alfaro Siqueiros. Ce Mexique apparaissait globalement « de gauche » : des syndicats réputés puissants, une vaste réforme agraire, une politique de développement industriel appuyée sur les entreprises d’Etat du pétrole et de l’électricité. J’ai apprécié qu’avec une courtoise décontraction l’Instituto Francés de América latina (IFAL) accueille la passionnante description de la tentative coloniale française au Mexique, sans aucune note de nationalisme agressif contre la France.

J’ai dans les années 1962- 1965 compris peu à peu que cette histoire des vaincus, les Français et les conservateurs mexicains, ne pouvait que conforter le récit national : la continuité supposée entre libéraux du XIXe siècle, partisans de Madero ou de Venustiano Carranza comme héros de la révolution, club des vainqueurs organisateurs du PRI. Celui-ci était, en 1962- 1967 au sommet de sa gloire pacificatrice, avant les grandes cassures qui pointent à partir de 1968. J’ai pendant ces années appris à apprécier le milieu des historiens mexicains novateurs, qui au sein du Colegio de México écrivaient alors en équipe, autour de Daniel Cosío Villegas, la Historia Moderna de México : on commençait au Mexique à sortir de la historia de bronce (selon la formule de Luis Gonzalez y Gonzalez), faite de biographies de héros nationaux, toujours personnages exceptionnels et souvent martyrs.

En effet, l’histoire des sociétés qui composent le Mexique se développait, et l’IFAL avec Françoise Chevalier avait contribué à ce développement, même si c’est vingt ans après la publication de notre présent ouvrage (1965- 1985) que le livre du disciple de Françoise Chevalier est paru.[1]

L’IFAL, histoire d’une sociabilité culturelle franco-mexicaine.

On sait que l’IFAL[2], créé par l’anthropologue français Paul Rivet dès la fin de 1944, a joué un rôle culturel important dans un Mexique en modernisation très rapide : accueil de conférenciers français de passage (quand les voyages intercontinentaux se renouaient après la seconde guerre mondiale et qu’ils étaient aussi exceptionnels que coûteux), organisation dès 1946 d’excursions archéologiques. L’historien d’art Gonzalo Obregon y est actif, Arturo Arnaiz y Freg aussi, l’anthropologue français Guy Stresser Péan y est présent au Yucatan en 1950.

François Chevalier vers 2005

François Chevalier vers 2005

François Chevalier est un acteur essentiel dans cet IFAL. Cet archiviste, disciple de l’historien du Moyen Age Marc Bloch, travaille d’abord de 1942 à 1946 à l’Archivo de Indias de Séville comme boursier français de la Casa Velasquez, où il recueille l’essentiel des matériaux de sa thèse[3]. De 1947 à 1949, il est boursier à l’IFAL, à la fois bibliothécaire, professeur et chercheur, il termine cette thèse soutenue en Sorbonne en 1949, et juste alors il est nommé directeur de l’IFAL. Il a profité de cette longue direction pour donner plus de régularité aux activités culturelles de cette institution en développant ce qui pouvait attirer le public érudit à côté du public mondain. Il voulait faire de l’IFAL un centre de recherches plus qu’un centre de culture et d’enseignement, en renouant avec la tradition qui avait permis avant 1940 les recherches d’une première génération d’américanistes français, Robert Ricard, Jacques Soustelle, Guy Stresser Péan. C’est ainsi que la « Mesa redonda de historia social mexicana »[4] a acquis une place centrale dans ses préoccupations. Elle s’est constituée peu à peu à partir de 1953/ 54. Jusqu’en 1961 l’historien Jean Pierre Berthe y a joué un rôle de secrétaire général[5]. La Mesa redonda était en général consacrée à un thème d’histoire mexicaine, mais en réservant sa place à de l’ « histoire comparée » en profitant d’historiens en visite : en 1958, Philippe Wolf y C. Dumas ; en 1961 Woodrow Borah, Rolando Mellafe, Frédéric Mauro… Le plus souvent les thèmes étaient présentés par des historiens mexicains qui avaient là l’occasion de discuter sur des problèmes controversés en « terrain neutre ». En 1959 les discussions tournèrent sur la Révolution mexicaine, ce qui permit la participation de la veuve de Pancho Villa et d’un conseiller de Zapata, Díaz Soto y Gama. En 1960, el 150°  anniversaire de l’Indépendance fut l’occasion d’entendre des historiens mexicains et espagnols, comme José Miranda, Ernesto de la Torre, Luis Chávez Orozco y W. Jimenes Moreno, et le cinquantième anniversaire de la Révolution, d’entendre Reyes Heroles, Alfonso Caso et le général Federico A. Cervantes ; en 1961 des séances ont été consacrées au « Mexique de l’Indépendance à la Réforme, avec les interventions de Germán Parra, María del Carmen Velasquez, Luis González y González, Juan Hernández Luna y Moisés González Navarro. En 1962 lles discussions ont porté sur l’Intervention française et l’Empire de Maximilien [Voici le thème de notre livre…] Les photos de presse permettent d’identifier les personnalités fidèles à l’IFAL: Jesús Reyes Heroles, Alfonso Caso, Jesús Silva Hertzog, Daniel Cosío Villegas et Ignacio Chavez, sans compter les « pilliers de l’institution» : Huguette Balzola, directrice de la Librería Francesa y Arturo Arnaiz y Freg. La salle de l’auditorium était généralement pleine. L’institution de la Mesa redonda est entrée en décadence à partir de 1965, malgré une série consacrée à Art et société de 1921 a 1950, où sont intervenus des conférenciers de valeur (Francisco de la Maza, Migel León Portilla et Edmundo O’Gorman), et plus tard une série consacrée aux « problèmes régionaux du Mexique ». Sans doute le bref passage par l’IFAL de Pierre Hourcade, puis de Francis Lafon, et le fait qu’aucun ne soit « spécialiste » de questions mexicaines, n’ont pas permis de préserver le réseau de relations qui avait rendu possible le dévelopement de la Mesa redonda[6].

L’année 1962 est donc un sommet pour la Mesa Redonda de Historia Social Mexicana. Le thème retenu de « La Intervención… » est un symbole pour le consensus franco-mexicain. Il se concentre sur quelques années (1861-1867) et met en scène le triomphe des libéraux qui combattent avec Juárez. La France qui en 1962 se libère du poids financier de la guerre d’Algérie accepte sans difficultés de financer pour la moitié un livre qui illustre le redéploiement de la politique française vers l’Amérique Latine. Quand il quitte Mexico pour occuper une chaire à l’Université de Bordeaux en novembre 1962, François Chevalier a l’assurance que le livre sur « La Intervención… » peut être mis en chantier immédiatement, et fort naturellement il me confie, puisque je suis l’unique chercheur de l’IFAL, la tâche assez simple de réaliser cette publication, même si je suis plus géographe qu’historien. La Asociación Mexicana de Historiadores (et son président Arturo Arnaiz y Freg) a promis d’assurer l’autre moitié du financement. C’est alors que ce travail éditorial se transforme en roman policier dont l’énigme reste ouverte.

Arturo Arnaiz y Frag et l’histoire d’une édition. Je connaissais déjà depuis 1960 (pour un livre sur le Sahara) le travail de secrétaire d’édition d’un ouvrage collectif : faire pression sur les auteurs pour obtenir leur texte, le vérifier, le pourvoir d’un résumé, assurer les traductions, rédiger une introduction au volume, suivre l’impression et les corrections d’épreuves, insérer les images et composer la portada. La nouveauté pour moi était que l’essentiel des textes était en espagnol, que je dominais mal, et surtout que c’était à cette occasion que je commençais à découvrir le milieu académique mexicain.

Mais surtout, et là réside l’énigme, j’ai fait la connaissance de mon partenaire pour cette édition, le président de la Asociación Mexicana de Historiadores. Né en 1915, cet exact contemporain de François Chevalier était un brillant intellectuel, titulaire d’une licence d’économie de l’UNAM, devenu historien en ces années où l’enseignement n’était presque jamais une carrière à plein temps au Mexique : il enseigne en preparatoria [=lycée], en milieu universitaire à l’UNAM, au Colegio de México (sans doute en 1943 dans l’éphémère Centro de estudios sociales), à l’Instituto tecnológico de México. Il commence à publier dès 1943 (à 19 ans, alors étudiant) et se dédie aux héros politiques mexicains du XIXe siècle. On sait par une lettre de 1943 qu’il est ami de Fernando Benitez. En 1948, lors des polémiques à propos de l’inauguration du mural de Diego Rivera à l’hôtel Del Prado, à deux pas de l’Alameda, entre cléricaux et anticléricaux, il s’illustre de côté de ces derniers en compagnie des grands peintres : Dr Atl, David Siqueiros.

Dans les années 1960 Don Arturo apparaît plutôt comme un sage consulté lors d’opérations délicates concernant le récit national mexicain : il est en 1959 aux côtés de Agustín Yañes dans la commission qui lance les libros de texto gratuitos de la SEP [ministère de l’éducation]. Il est éditeur en 1962 des Actas y dictámenenes de la commission qui évalue les Hallazgos de Ichcateopan (il s’agit de la découverte de la tombe d’un cacique indigène du XVIIe siècle, où l’historienne très nationaliste Eulalia Guzman a voulu trouver les os de Cuauhtemoc, dernier souverain aztèque). Il est en 1967 l’auteur du guide du Musée pédagogique d’histoire nationale du Caracol à Chapultepec. En 1969, lors du Coloquio de historiadores mexicanos y norte americanos, il assure le commentaire de la ponencia « The status of biography in mexican historiography » de Hugh Hamill. De ce curriculum que je viens d’établir, je ne savais à l’époque à peu près rien.

Il est clair qu’en ces années 1960 il écrit fort peu : des préfaces ou des textes de vulgarisation plus que des textes d’histoire « scientifique ». Cet homme riche (il m’invite dans des restaurants prestigieux) a semble-t-il comme revenu principal la chamba [boulot lucratif] de chef du service de presse de la Secretaría de comunicaciones y transportes. Avant et après il a assuré le même rôle dans d’autres grands organismes publics mexicains où le service de presse a la même fonction : promotion et propagande, bien sûr, mais peut-être plus encore maîtrise de situations ou un scandale pourrait éclabousser l’institution et son chef . Ce rôle politique, je l’avais compris peu à peu entre 1962 et 1965, en particulier grâce à mon ami Xavier Oteyza, peintre appartenant au cercle des réfugiés espagnols républicains au Mexique. En 1980 (deux ans avant sa mort), Don Arturo donne ses livres (35000 volumes de thèmes historiques et culturels) à la Biblioteca Miguel Lerdo de Tejada.

Pourquoi en 1964, alors que j’avais peu à peu préparé (avec l’approbation de Don Arturo) tout ce qui permettait le « feu vert » final pour publier La Intervención…, celui-ci a-t-il esquivé toutes les demandes de l’IFAL pour remettre enfin le texte promis de sa communication (que chacun avait pu écouter) sur « La idea de una monarquía en México como vía para resolver los problemas nacionales » ? Aucun conflit visible avec l’IFAL, aucun piège politique imaginable pour l’expliquer. Très déconcerté, j’ai raconté la chose à plusieurs intellectuels mexicains sans aucune réponse. Seul Luis González y González m’a dit « Sepa usted que el Dr Arnaiz y Freg no ha escrito nada en mucho tiempo, salvo unos prólogos cortos, y que no escribirá jamas su comunicación. Si no quiere renunciar, publique sin su texto y sin su consentimiento. Además, la  Asociación Mexicana de Historiadores, que Arnaiz preside, no tiene más existencia que le mismo Arnaiz y su cuenta bancaria » [sachez que le Dr Arnaiz y Freg n’a rien écrit depuis longtemps. Si vous ne renoncez pas à publier, faites-le sans son texte et sans son feu vert. Sachez de plus que l’Asociación Mexicana de Historiadores, que Arnaiz preside, n’a d’autre existence que Arnaiz lui-même et son compte en banque]. J’ai exposé le problème aux autorités de l’IFAL et c’est sa secrétaire Générale, Romanie Maurin, qui a pris la décision : passer outre, financer totalement la publication sans attendre le texte de Don Arturo[7]. Le livre est sorti en juin 1965[8]. Pour les autres « ponentes » affichés dans le programme de la Mesa Redonda et absents de la publication, je n’ai pas de souvenirs précis concernant leur désistement. Reste à relire un peu le contenu du livre.

Avant l’existence d’un Etat national mexicain Pour le jeune géographe que j’étais, imprégné de la culture jacobine de la gauche française, mais inquiet devant la naissance difficile des Etats africains issus de la décolonisation des années 1950- 60, penser ce qu’étaient les situations coloniales de fait (sans dépendance politique de droit) dans l’Amérique du XIXe siècle nécessitait bien des efforts intellectuels. J’ai découvert qu’au moment de La Intervención… au Mexique se jouait la lutte entre deux modernités, l’une pilotée par les Etats-Unis, l’autre par la vieille Europe, dans un Mexique certes souverain formellement, mais où les ingrédients d’un sentiment national et d’un Etat- nation n’apparaissaient que comme les éléments d’un puzzle, où la grande majorité des citoyens étaient imaginaires et le resteraient peut-être longtemps. Le tableau brossé par François Chevalier (chapitre 1, « Conservateurs et libéraux… »)[9] donnait beaucoup de clés de ces problèmes et c’était un texte pionnier : annonce des séminaires qu’il anime, en 1963-1967 en particulier, au tout jeune CERI (Centre d’études de relations internationales) de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, matrice de son livre de 1977[10], mais aussi annonce du livre de Xavier Guerra évoqué ci-dessus. J’ai été aussi frappé à l’époque par le texte de W. Jimenez Moreno (chapitre 4, « Puebla como recuperación del orgullo nacional ») sur la conscience nationale mexicaine : qu’il soit écrit par un anthropologue- archéologue m’aidait à comprendre les complexités du milieu intellectuel mexicain. En complément, par un chassé- croisé, c’était le jeune historien Luis González qui traitait des problèmes des populations indigènes de l’époque (chapitre 8, « El indigenismo de Maximiliano »).

Un autre thème essentiel était abordé par Manuel Maldonado Koerdell (chapitre 12, « La obra de la « Commission scientifique »). Il montrait comment la politique scientifique de Napoléon III au Mexique reprenait les éléments mis en œuvre par Napoléon Ier en Egypte. A l’époque le thème me semblait anecdotique. Depuis, j’ai compris ce qu’est l’existence d’une communauté mondiale de la science et des intellectuels, composée d’inégalités et d’effets de domination, d’imitations et d’innovations créatrices. Forme d’unification de la planète dont les différents empires coloniaux ont été la face politique, moins durable que l’interconnexion des connaissances.

Ma courte introduction pour ce livre paru en 1965 montre à quel point j’étais alors novice dans l’apprentissage de la société mexicaine. Depuis, les regards sur celle-ci ont été multipliés, dans le pays lui-même ou depuis l’extérieur, de la part d’innombrables journalistes, anthropologues ou géographes. Mais la part des historiens n’a cessé de croître et de se diversifier.

 

 

 

 


[1] Françoise-Xavier Guerra, Le Mexique de l’Ancien Régime à la Révolution, 2 vol., Paris Harmattan 1985. México del Antiguo Régimen a la Revolución, México, Fondo de Cultura Economica, 1a. ed. 1988, 2a1991, 3a 1992, 2 vols., 453 y 547 p.

 

 

[2] IFAL 1945- 1985, Historia del Instituto Francés de América Latina/ Histoire de l’Institut Français d’Amérique latine, México, IFAL, 1986, 236 p., Françoise Bataillon et François Giraud, introduction de Claude Bataillon et Georges Couffignal. Edición bilingue, traducido por Tomás Segovia, revisado por Pilar García Ascot

 

[3] La formation des grands domaines au Mexique, terre et société aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, Institut d’ethnologie, 1953. Edición en español
1956 en Problemas agrícolas e industriales de México; luego en FCE, 4a.
ed., 1989, una actualización en 1998; en inglés, Berkeley,
California University, 1963, 2a. ed., 1970)

[4] Dans l’ouvrage de Véronique Hébrard (dir.), Sur les traces d’un mexicaniste français, constitution et analyse du fonds François Chevalier, Paris, Karthala, coll. Pollens, 2005, 328p., on trouve deux chapitres de témoignage sur les Mesas redondas de historia social mexicana : Jorge Santiago « un laboratoire de l’interdisciplinarité », p. 203-222 ; Jean-Pierre Berthe « interdisciplinarité et histoire comparée », p. 223-229 [référence oubliée dans la version mexicaine de ce texte].

[5] Des Indes occidentales à l’Amérique Latine, à Jean Pierre Berthe, textes réunis par Alain Musset et Thomas Calvo, Paris, ENS éditions, 1997, p. 35.

[6] Françoise Bataillon y François Giraud,  IFAL 1945- 1985, op. cit., p. 162- 163.

[7] J’ai évoqué ces complications, p. 69-70 entre autres, dans Un géographe français en Amérique Latine, quarante ans de souvenirs et de réflexions, Editions de l’IHEAL, Travaux et mémoires N° 79, 2008, 249 p., index, diffusion La Documentation Française.

 

[8] L’effacement de Arturo Arnaiz y Freg nous a obligés à publier l’abondante illustration qu’il avait lui-même fournie dès 1962 sans aucun « copyright », car nous étions incapables d’identifier précisément dans quels journaux satiriques mexicains ou dans quelles revues françaises il avait trouvé ces images. Grâce à wikipedia nous trouvons la notice passablement ironique sur Don Arturo publiée … par Luis Gonzalez! https://web.archive.org/web/20120307204520/http://www.acadmexhistoria.org.mx/miembrosANT/res_a_arnaiz.pdf

[9] Chevalier a publié (avant la sortie du livre en 1965) ce texte dans les Cahiers d’histoire mondiale, Paris, UNESCO, VIII, 3, 1964, p. 457-474.

[10] François Chevalier, L’Amérique Latine de l’Indépendance à nos jours, Paris, PUF, coll. Nouvelle Clio, 1977, 548 p.

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