Le choc des décolonisations, Pierre Vermeren

Le choc des décolonisations, Pierre Vermeren Odile Jacob, 2015

Livre qui dérange par ses rapprochements d’événements éloignés mais comparables, par une vue de spectateur sans engagements ou illusions en faveur des Etats post-coloniaux. Pour un si large panorama de l’histoire du « Tiers-Monde » des années 1950 aux années 2015, l’auteur ne pouvait éviter des mélanges entre survols rapides et flashs examinant de près les événements qui pour lui sont essentiels. Ce connaisseur du Maroc et du Maghreb étend son panorama à l’ensemble de l’Afrique francophone, y compris le Congo ex-belge, pour rappeler ce que l’on aimerait souvent oublier. Ainsi les millions de morts de la longue guerre civile congolaise, ou les boutades de Chirac (« ne cherchons pas à éviter le truquage des élections par des chefs d’Etats qui sans cela cesseront toute élection »).

C’est sur le Maghreb que le livre est le plus cohérent, pour montrer comment fonctionne l’osmose des élites locales avec la France, les larges ombres et les quelques lumières qui éclairent ces sociétés fragiles

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Serveyrole : cinq candidats au prix de Coup de soleil, 10 octobre 2021

Bibliothèque Serveyrole 10 octobre 2021

Nous étions 14 dans le salon de la Bibliothèque Serveyrole à Toulouse pour la présentation des cinq romans en compétition pour le « prix des lecteurs » Coup de cœur de Coup de soleil. Réunion d’autant plus chaleureuse qu’elle permettait de renouer avec une pratique interrompue en 2020 pour cause de pandémie. Claudine, Françoise, Isabelle, Jacqueline, Yasmina avaient pour interlocuteurs un public d’autant plus averti que certains connaissaient déjà plusieurs des livres présentés :

Aussi riche que le roi (Abigail Assor)

Dans les yeux du ciel (Rachid Benzine)

La petite dernière (Fatima Daas)

Le tailleur de Relizane (Olivia Elkaim)

Noces de jasmin (Hella Feki)

C’est au printemps 2022 que sera organisé entre les lecteurs, souvent organisés autour de librairies et bibliothèques, le vote pour décerner le prix à l’auteur qui sera invité à présenter son livre.

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La BD, outil politique, de l’Afghanistan au Liban

La BD, carnet intime, carnet de bord – Barrack Rima, Noémie Honein, Brice Andlauer, Pierre Thyss

https://www.youtube.com/watch?v=d71suQLUg_E

Présenter ces trois ouvrages ensemble en une séance du MODEL 2021 n’a certes pas permis un vrai dialogue entre leurs auteurs, mais le public a pu se convaincre que la BD est au delà de « l’amusement » un art du journalisme, de l’histoire, de la politique. Certes écouter les auteurs ne permet pas de savourer des dessins. Mais comprendre la genèse de ces livres est passionnant.

Brice Andlauer et Pierre Thyss ont enquêté sur le sort des traducteurs employés par l’armée française de 2001 à 2012 en Afghanistan : problèmes d’exil, de reconnaissance. Quelque 250 ont pu émigrer en France, 60 essayaient en juillet 2021 de partir, déjà en passant par le Pakistan, incontournable. Le traitement des dossiers ne cesse d’être très aléatoire. Une avocate, Caroline Decroix, anime une association qui assure la défense de ces traducteurs. Les auteurs, journalistes, à partir d’un dossier de politique internationale, ont abouti à un témoignage visuel sur l’histoire des protagonistes. Ils ont appris l’usage de la BD par un travail artisanal collectif.

Rima Barrack  (Dans le taxi) nous donne un récit urbain situé à Tripoli  (Liban), mélange de rêve au passé et au présent et de description dans un taxi collectif : un lieu clos privilégié depuis lequel on regarde la ville ; pour composer une histoire personnelle du Liban, la BD documentaire est une expérience qui permet de dire ce que parfois le texte ne peut exprimer. L’auteur en est à son troisième ouvrage : le premier en 1995 (fin de la guerre civile), le second en 2015 (moment d’un fragile espoir jusqu’en 2019). Dans cette fiction les « puissants » qui détruisent le Liban sont représentés comme des extra-terrestres.

Libanaise elle aussi, Noémie Honein, en une autobiographie qui va des douleurs de la maladie à la renaissance, compose un langage graphique de la joie et de l’humour, s’adressant avec rigueur et pédagogie pour faire comprendre le Liban à un public français. Son livre représente une longue trajectoire professionnelle par Angoulême, Colomiers, Toulouse. C’est le dialogue au bistrot qui permet l’expression.

 

 

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Au MODEL 2021: Etre palestinien aujourd’hui

On peut « participer » au Model 2021 qui s’est tenu les 10/ 11 juillet à l’Hôtel de ville de Paris en regardant sur youtube les vidéos qui sont maintenant en ligne. La prouesse de cette manifestation « atypique » est à souligner, même si le public a réuni « seulement » quelque 1000 personnes en 2021 au lieu de 15000 en 2020.

: https://www.youtube.com/watch?v=d71suQLUg_E

https://www.youtube.com/watch?v=NX-iHzt4RYU

https://www.youtube.com/watch?v=74IRXtMGwnM

https://www.youtube.com/watch?v=uLDmDgo7nCM

https://www.youtube.com/watch?v=UtimvDGJd3U

https://www.youtube.com/watch?v=Wb3kkljcxtc&t=23s

https://www.youtube.com/watch?v=qzxdMNNIlxU

En attendant que le site web de Coup de soleil comme celui de l’IREMMO accueillent ces manifestations, nous commençons à les commenter.

Alain Gresh- Le fatah, la révolution palestinienne et les juifs, video de 39 minutes au MODEL 2021, carte blanche. https://www.youtube.com/watch?v=NX-iHzt4RYU&t=813s

Dialogue auquel Leïla Shahid n’a pu participer. A propos de la réédition (avec préface de Alain Gresh) du livre publié par Jérôme Lindon aux Editions de minuit en 1970 sous le titre La révolution palestinienne et les juifs. Sous la responsabilité de Mahmoud Amshari.

Alain Gresh cite une lettre de 1993 de Abraham Sarfati sur le sujet de ce livre, qui avait reçu un appui mesuré de la LICRA, maintenant très loin de ces positions.

Le livre se situe peu après l’énorme échec, en 1967, de la « coalition arabe » contre Israël. C’est le moment où le Fatah acquiert sa légitimité pour défendre les Palestiniens, à l’époque essentiellement par la lutte terroriste « révolutionnaire ». Certes il s’agit d’une lutte armée, mais aussi de la première prise de conscience côté palestinien qu’il va falloir un compromis avec un Etat juif fort de 3 millions de colons. La base serait un Etat tri-confessionnel (et non laïc), qu’on peut comparer avec la solution sud-africaine (bien plus tardive) de fin de l’apartheid.

Actuellement, après l’échec des accords d’Oslo, seule la solution d’un seul Etat est envisageable, mais quel Etat ? Un Etat où l’on met fin à l’apartheid, donc un combat de droit international.

Alain Gresh répond d’abord à une question évoquant la naissance de l’Iraq et la manipulation, essentiellement par le Royaume uni, d’un système colonial au Moyen Orient. Oui l’Etat d’Israël est un Etat colonial et pas un Etat de droit, tout comme les Etats coloniaux nés au XIXe siècle, puis pour l’Iraq en 1918. On doit se souvenir qu’encore en 1918, voire en 1945 « faire colonie » était politiquement « normal ». Le mouvement sioniste dès sa naissance est fondateur d’un futur Etat colonial, pour lequel la propagande est facile à mener, y compris auprès de l’Union Soviétique. La légitimité de cet Etat israélien est confortée actuellement par le consensus international dans la lutte contre le terrorisme, problème mondial.

La lutte palestinienne actuelle est de promouvoir au sein de l’Etat colonial israélien un Etat civil, non confessionnel (et non laïc : ce concept est strictement français, absent ailleurs en Europe…) et la revendication des nouvelles générations en Palestine depuis les printemps arabes est d’avoir des droits égaux, face aux répressions co-gérées par les polices d’Israël, du Fatah et du Hamas.

 

 

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Coup de soleil Marseille: autour du rapport Stora, juin 2021

Des discussions informelles sur ce rapport ont agité notre section toulousaine à la fin de 2020 http://cds-mp.e-monsite.com/forum/le-rapport-stora-et-ses-suites/ ; La séance « en video » à Marseille a été d’autant plus importante qu’un texte synthétique en a été tiré http://alger-mexico-tunis.fr/wp-content/uploads/Rapport-Stora-Resume-conference-Marseille-19juin2021.pdf

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Maghreb et catastrophes… pas si naturelles : se mobiliser et analyser

Tremblements de terre, inondations, incendies de forêts, pandémies : volonté de Dieu ? manifestations naturelles inéluctables ? A nous, dans notre groupe de Coup de soleil, d’aider avec modestie, mais aussi d’essayer de comprendre. Deux exemples :

Les incendies de forêts de l’Est algérien en aout 2021, une catastrophe naturelle ? Oui, bien sûr, mais si l’Algérie souffre, le nord du Maroc et de la Tunisie sont aussi atteints, mais sans catastrophe majeure. Au même moment la Grèce, la Sicile, la Calabre, en France les Maures, connaissent aussi chaleurs et sècheresses exceptionnelles. Alors nous nous mobilisons : déjà des centaines d’euros collectés en une semaine et à vous aussi de cliquer sur Helloasso pour verser votre contribution. https://www.helloasso.com/associations/coup-de-soleil-midi-pyrenees/formulaires/1

Mais quelles forêts et quels maquis sont particulièrement touchés ? Sans doute là où on laisse proliférer les broussailles abandonnées. Souvenons nous qu’en Kabylie plus qu’ailleurs l’armée française en guerre d’Algérie a imposé des zones interdites qui après 1962 n’ont jamais été réoccupées par les villageois : plus de bétail, plus d’arbres fruitiers, plus d’aménagement des versants, plus de maisons. Est-ce que ce sont les zones les plus touchées ? On va chercher à savoir…

Que savons-nous du COVID 19 au Maghreb ?Peu d choses. D’abord que les confinements ont affecté avant tout les couches populaires des villes, ceux qui n’ayant de quoi payer qu’au jour le jour achètent aussi de quoi vivre chaque jour au hanoutle plus proche : ils dépendent du crédit qu’on leur fait : comment fonctionnent les « corporations » de commerçants issues de Djerba (Tunisie), du Mzab ou du Souf (Algérie) du Sous (Maroc) ? Que sont les réseaux associatifs et caritatifs et comment pouvons nous les aider ?

Mais il faut aussi interroger ceux qui connaissent la circulation de la pandémie. Les statistiques de contaminations sont extrêmement incertaines, selon des capacités de test très dissemblables selon les trois pays mais plus encore selon les régions de ceux-ci. Il est clair que les chiffres de décès cumulés (au 15 aout 2021) annoncés sont sous évalués : beaucoup plus sous-évalués au Maroc (11000) qu’en Tunisie (20000) et infiniment plus encore en Algérie (4000). Sans doute les seuls chiffres proches de la réalité concernent la proportion de la population vaccinée. Aucun Etat n’a intérêt à sous-évaluer ce chiffre et inversement des annonces fausses et triomphalistes seraient vite démenties, car la capacité réelle de se procurer les vaccins et de mettre en place la vaccination ne s’invente pas. Alors donnons le chiffre de la proportion de population vaccinée (première dose semble-t-il) au 15 aout 2021 : Maroc 45%, Tunisie 29%, Algérie 8%. A nous maintenant de comprendre ce qu’est pour chaque Etat la capacité de se procurer les doses (quel vaccin, donné ou vendu par qui?), la capacité de les appliquer (à quels endroits ? à quel rythme ?), la capacité de convaincre les population de se faire vacciner (qui a plus peur du vaccin que de la maladie, pourquoi?). Que peut l’aide internationale pour la vaccination ?

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Model 2021 Programme

Le Model 2021 a réussi dans l’urgence à monter un programme… qui vous intéresse. Merci Georges, Jean-Baptiste, Mourad, l’équipe de l’IREMMO  et tous ceux qui  ont collaboré. Venez nombreux à l’Hotel de ville de Paris… et bonne visite

Cliquer pour accéder à Document5.pdf

 

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2021: Mémoires coloniales, Nora Stora

Mémoires coloniales[et autres textes : Jeunesse], Pierre Nora et Benjamin Stora

Ce livre à deux voix (février 2021) est tiré d’une conversation orchestrée par Alexis Lacroix. Deux propos en parallèle, plutôt qu’un dialogue serré. On y comprend que la mémoire coloniale de l’Algérie est centrale pour la France, aussi présente que niée. « Les Français voient moins l’islam comme une religion (ce que sont catholicisme et judaïsme) que comme une culture qui suppose un certain rapport hommes/ femmes, une certaine articulation du public et du privé. […]. Il y a « chez les français de souche ou ceux issus d’autres immigrations] un procès en illégitimité permanente des immigrés post-coloniaux de culture musulmane, [immigrés depuis un demi-siècle], les percevant comme des étrangers nouvellement arrivés » (ces propos de Stora sont repris textuellement par Nora).

Ce procès en illégitimité était fait déjà à ceux que l’on considérait comme des sujetsau temps de la colonisation : ils n’étaient pas légitimes à rester là (notons qu’aux mêmes moments les Tunisiens étaient des sujetsbeylicaux, les Marocains des sujetschérifiens… mais légitimes à « rester là »).

« La précocité de l’installation coloniale en Algérie […] par une colonie de peuplement, expérience inégalée dans l’histoire coloniale, aura des répercussions sur toute l’immigration post-coloniale ». Car l’immigration algérienne est politisée en France dès les années 1930, et elle est la force principale du FLN (par sa contribution financière) dès les années 1958 ; elle est en dissidence permanente par rapport au pouvoir militaire algérien qui se constitue alors.

Plus récent, sur des thèmes proches, Décolonisations françaises, la chute d’un empire, Pascal Blanchard (avec Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire, Benjamin Stora, Achile Membe), La Martinière

Paru presque en même temps Jeunesse, de Pierre Nora, donne quelque pistes sur ses deux années de professeur de lycée à Oran, sans que s’éclaire ce que fut son « service militaire » en ces années où c’était un problème pour tous les garçons de sa génération. Ses quelque rapports ave Jean Dresch sont aussi peu précis : il enjolive évidemment les performances de randonneur de celui-ci. Bien plus passionnants sont ses récits sur sa vie d’enfant dans l’exode de 1940 jusqu’à la frontière espagnole, puis à Grenoble et plus encore dans le Vercors.

 

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IMA Mai 2021: réouverture, Divas

Divas

L’IMA rouvre ses portes ave une exposition féministe. Des années 1920 aux années 1970, des femmes se sont émancipées de leur milieu familial pour devenir chanteuses ou actrices, depuis la naissance du disque de musique et du film. Elles sont présentes aussi dans les cabarets où elles se produisent et dans les salons littéraires qu’elles organisent. Ces formes de modernité font la gloire du Caire, de Beyrouth, voire d’Alger, mais la célébrité mène ces femmes dans toutes les capitales de l’ « Occident ».

L’exposition nous donne une profusion de vidéos, d’affiches de films, de pochettes de disques et nous fait entendre la voix de ces « divas, parmi lesquelles peu vivent encore. Les puritanismes qui ont pris en main ces sociétés « arabes » ont restreint ces espaces de modernité. Ils ressurgissent bien sûr sous des formes dont on espère que l’IMA nous montrera les espérances.

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Sahara algérien, film 143 rue du désert

« 143 », est-ce le kilométrage de la route? Sans doute… Quelle route? sans doute Ouargla- Tamanrasset…

En tout cas l’idée même de rue est ici problématique. Vaste sol plat caillouteux (on dit « reg’) et à l’horizon des dunes (ou dit « erg »). L’héroïne  (Malika « la reine ») est presque toujours immobile dans sa masure: son logis et la boutique où elle vend de quoi boire et manger. Sans doute vend-elle aussi du carburant? Elle se plaint d’avoir été chassée (par qui? quand?) d’une bourgade vraiment urbaine. Elle prétend que le chantier en cours du Kabyle qui va installer une « vraie » cafétéria avec station-service ne l’inquiète guère: c’est elle qui connait la clientèle.

Sa vie est faite de longues conversations avec des voisins improbables. Avec l’un d’eux ils se donnent du « hadj » et « hadja », sans doute par plaisanterie. Elle accueille avec le même calme les camionneurs, policiers, militaires, quelques voyageurs qui vont à leurs affaires et même une touriste. Elle ne sait pas lire, mais s’intéresse aux affaires du monde et comprend le français et l’anglais.

Un film lent et prenant, roman d’une vie minuscule et document irremplaçable sur la manière de vivre sur une route saharienne.

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