Impasse Verlaine, Dalie Farah

Impasse Verlaine, Dalie Farah, roman, Grasset 2019, 218 p.

Coup de soleil a aimé ce roman, invité au MODEL 2020 https://m.youtube.com/watch?v=X75vj4_l0pE Notre prix littéraire « Coup de cœur de Coup de soleil » lui a été décerné au printemps 2020… et nous attendons des moments plus faciles afin d’inviter cette romancière « en présentiel »… à moins que nous sachions organiser avec elle une séance de dialogue sur écran.

C’est un roman dur, d’une langue explosive. C’est une success story, celle de la petite fille issue d’une mère illettrée, berbère des Aurès en Algérie, née en Auvergne, passant le bac grâce à un amour  acharné de la littérature. Quelle est la part d’auto-biographie dans le récit écrit par cette prof de lettres à Clermont-Ferrand, pour ce premier roman ? Les lecteurs ont été séduits par l’histoire familiale allant des grands-mères « au bled », en passant par la mère femme de ménage dans son HLM de l’Impasse Verlaine, jusqu’à l’enfant qui raconte ses peines violentes et ses joies intenses. Bien des scènes sont attendues, mais elles sont racontées avec une verve exceptionnelle : l’aide à sa mère pour le ménage ou pour les soins aux handicapés, la scène au bureau de poste pour l’envoi du mandat (quand on est illettré, comment et à quel endroit signer? Qu’est-ce qu’un expéditeur et un destinateur?), l’école, la colonie de vacances, les copines qu’on fréquente en douce, et là-bas, vers Aïn Beïda, la circoncision des frères, le méchoui, les cousines.

Quelques citations pour vous donner envie de lire :

[la mère, Vendredi, passe le permis de conduire] : … elle écorche tous les mots, elle mélange les flèches […], je m’applique à être claire, à bien lui expliquer, je suis une pédagogue-née, car à chaque fois qu’elle se trompe, je prends une claque. […] Quand pour la troisième fois elle se retrouve dans une voiture avec un inconnu à côté d’elle, prêt à la juger […] depuis la fenêtre de l’appartement, je la vois lever la main et brandir le papier rose de la victoire, je me réjouis de la raclée que je ne vais pas prendre, j’adore Vendredi. (p. 76-77)

Le voyage scolaire au pays du Grand Meaulnes m’assassine et me ressuscite, dans le désordre. Il y a la route que j’avale, les arbres qui font révérence de part et d’autre du lacet de bitume. Dans le bus on chante, j’interprète Les Flamandes…

Au bled : Je veux être condescendante et je trouve en moi les ressources distillées par l’école républicaine, habile à transmettre le mépris et la suffisance sans même une publication au Journal officiel. Mon intégration est parfaitement réussie : je déteste mon nom, ma couleur de peau, ma tête, mes cheveux, je méprise la musique et la langue d’un peuple si minable qu’après un asservissement séculaire, il a trouvé bon de chercher un eldorado dans le pays de ses maîtres et bourreaux.

(La lettre mensuelle de nos amis lyonnais nous parle aussi de ce livre par la plume de Denise Brahimi: https://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/lettre-culturelle-franco-maghrebine-49

 

 

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Raphaëlle Branche:« Papa, Qu’as-tu fait en Algérie ? »

Raphaëlle Branche « Papa, Qu’as-tu fait en Algérie ? », Enquête sur un silence familial, La Découverte, 2020, 507 p.

Cette histoire des « appelés » au service militaire de la guerre d’Algérie (1954- 1962) est celle de toute une génération de français, que l’auteure suit sur un temps très long. Elle les replace dans l’histoire familiale de leurs parents (pris dans la guerre de 1939-45) et grands parents (pris dans celle de 1914-18). Elle collecte leurs propres souvenirs « de guerre » sous toutes les formes disponibles, enquêtes directes, collectes de correspondances ou autres souvenirs écrits, photos. Elle suit ces anciens soldats jusqu’à nos jours, dans leurs relations avec leurs anciens compagnons, avec les associations d’anciens combattants, avec leurs familles : parents et grands-parents, conjoints, enfants, petits-enfants. Ce « contingent » de soldats (de l’ordre d’un million et demi de jeunes hommes) concerne la génération « creuse » née entre 1929 et 1944, qui précède juste celle du baby boom, qui est la première à vivre dans une France « sans guerres ». Ces appelés représentent sans doute les 2/3 hommes de leur classe d’âge. Pour les deux guerres mondiales, c’est la mobilisation générale qui avait atteint tous les hommes, et non pas les seules classes d’âge du service militaire. Ces guerres avaient été infiniment plus meurtrières : 25000 soldats français tués par la guerre d’Algérie, 250000 par la seconde guerre mondiale, 1 million 300 000 par la première.

Cette guerre, peu meurtrière pour ces appelés, est cependant d’autant plus traumatisante qu’elle n’est pas dite, jusqu’aux années 2000. Ces soldats sont pris dans un temps beaucoup plus flou que ceux des deux guerres mondiales, qui ont été « déclarées » (alors qu’en Algérie ce sont des « événements » et un maintien de l’ordre), puis closes par une fin respectée par les adversaires (alors qu’en Algérie le cessez le feu de mars 1962 n’a pu être vécu comme une véritable fin d’aucun côté). De plus les soldats ne sont pas « mobilisés », ils font leur temps de service militaire, même si ce temps est très incertain, différent selon les étapes et selon les catégories d’appelés.

Le fait qu’il s’agit d’une guerre (où on peut être tué et tuer) est nié par l’Etat, mais aussi par les familles et les amis (pour avoir moins peur) comme par les soldats (pour épargner la peur aux amis et familles). De plus l’appelé « en danger » l’est dans un temps très variable, et beaucoup de soldats en Algérie sont loin des dangers.

Paradoxalement des décorations sont attribuées aux soldats pour des faits d’arme. Mais la fin de cette guerre est la victoire des « rebelles », donc le constat de l’inutilité des souffrances et sacrifices, même s’il est clair que l’Armée française n’a pas été vaincue « sur le terrain ». Seuls peuvent garder un souvenir positif de leur service militaire ceux qui ont fait du « social », entre action sanitaire, éducative, agraire, au sein des SAS et SAU en particulier.

L’auteure s’attache longuement à l’après  « guerre » et aux questions que se posent les ex-soldats et leurs descendants : l’appelé a-t-il été victime ou tortionnaire ? Loin de ce manichéisme, les silences douloureux se dénouent lentement. La face psychiatrique des traumatismes est longuement examinée par l’auteure. La reconnaissance par l’Etat français qu’il y eut une guerre coïncide avec le moment où la plupart des anciens appelés deviennent des retraités. C’est aussi le moment où naissent le web et internet et dans ce contexte les petits-enfants sont des interlocuteurs et des assistants efficaces pour ceux qui veulent retrouver et mettre en forme ce passé douloureux.

Parallèlement, que savons-nous de ce que fut la « guerre de libération » pour la population « algérienne » ? Cette guerre a atteint de plein fouet femmes et hommes, de tous âges, avec sans doute 250 000 morts parmi les quels distinguer entre combattants et civils n’a guère de sens. Sa mémoire est supportée par un ministère des Moudjahidin (dont le budget est supérieur à celui de l’agriculture).

Terminons par une citation de la conclusion du livre : « dans les années 1950 les conscrits font leur service militaire en Afrique du Nord ; dans les années 1980, ils sont anciens combattants ; au début du XXI° siècle, ils ont participé à la guerre d’Algérie ; dans la décennie suivante, ils sont de plus en plus nombreux à y avoir souffert, y compris psychologiquement » (p. 465).

(Claude Bataillon)

https://www.babelio.com/livres/Branche-Papa-quas-tu-fait-en-Algerie-/1244751

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Algérie, 11 décembre 1960, naissance d’un pays indépendant ?

Dans la liste des célébrations de la naissance d’une Algérie indépendante, c’est une date aussi importante que aout 1955, moment où l’ALN (Armée de libération nationale) est devenue visible dans l’est algérien http://alger-mexico-tunis.fr/?p=18. Mais si l’on suit les sources citées par Guy Pervillé (Histoire iconoclaste de la guerre d’Algérie et de sa mémoire,Vendémiaire 2018, p. 283-296), on est loin d’une progression linéaire d’un mouvement national depuis 1954, date du début de ce que l’on a longtemps appelé en France « les événements d’Algérie » (et pas la guerre…). En aout 1960, Ferhat Abbas, président du premier gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de 1958 à 1961conclut un rapport interne sans complaisance : « Si le peuple [algérien] n’est pas pour la France, il faudra en revanche être optimiste pour soutenir qu’il est de plus en plus pour le GPRA. L’infrastructure organique a été démantelée dans les centres urbains et est de plus en plus inexistante dans les montagnes ».

Du côté français, le 4 novembre 1960, De Gaulle réitère dans un discours son projet de politique algérienne d’autodétermination. Ce discours écrit a été « visé » par le premier ministre Michel Debré (partisan inébranlable d’une Algérie française), mais De Gaulle y rajoute au dernier moment la formule « … République algérienne, laquelle existera un jour, mais n’a jamais existé ! », ce qui inquiète très fortement les autorités françaises en Algérie et enflamme les milieux pieds noirs « Algérie française » à la protestation, voire à la révolte. Le 8 décembre, est publié le texte du referendum qui doit organiser  l’autodétermination, c’est à dire l’embryon d’un Etat algérien. Les 10/ 13 décembre, De Gaulle est en Algérie, évitant Alger et Oran où ceux qui vont constituer l’OAS le menacent de mort.

Les 10 et 11 décembre des manifestations de jeunes « musulmans » se déploient dans les quartiers populaires de Oran et Alger (sans doute aussi dans d’autres villes ?). Les sources et témoignages cités par Pervillé sont très variés : les plus intéressants sont les rapports des officiers de SAU (sections d’administration urbaine, l’équivalent des SAS qui quadrillent les zones rurales) : ils ont le samedi 10 décembre au matin « fait descendre dans la rue » leurs affiliés avec comme slogans « anti-OAS » « Vive De Gaulle et Vive Algérie algérienne ». Ces manifestations en quelques heures, entre le 10 au soir et le 11 décembre, se transforment sous l’initiative des cadres FLN présents en ville en manifestations pro-FLN ; celles-ci n’ont pas été « préparées » par ces cadre, les drapeaux ont été improvisés au dernier moment. Le commentaire de Mouloud Feraoun (dans son journal) « Les Arabes que personne n’a poussés, excédés seulement par les fanfaronnades des pieds noirs sortent pour crier leur exaspération… ». Un jeune manifestant du Clos Salembier dit à un journaliste « Non, le FLN n’y est pour rien. Nous en avons marre, c’est tout. Nous voulons notre indépendance. Nous voulons crier que nous en avons marre ». Comme si le projet d’indépendance « à la De Gaulle » avait pris comme drapeau un FLN exsangue, qui trouve alors sa légitimité.

Ces manifestations sont réprimées par l’armée, 104 tués autopsiés, 7 européens et 97 musulmans. La majorité tués par balles… de calibres que n’utilisaient pas les forces de l’ordre. C’est à partir de ce moment qu’on enregistre beaucoup de déménagements pour quitter des quartiers urbains « mixtes », où la peur s’installe.  En France toute la presse (et pas seulement celle de gauche) constate la « résurrection du nationalisme algérien »… et De Gaulle réactive les négociations avec le GPRA qui déboucheront seulement 15 mois plus tard sur le cessez le feu de mars 1962.

Après décembre 1960, la situation de l’ALN ne s’est sans doute pas améliorée par rapport à aout 1960 (jugement de Ferhat Abbas ci-dessus). Mais la diplomatie du FLN, principalement dans les pays de l’est européen mais aussi aux Etats-Unis, ou en Europe occidentale, a largement convaincu que l’indépendance algérienne était une nécessité urgente. Ce dont De Gaulle n’est vraiment convaincu que depuis décembre 1960. Cette diplomatie s’appuie sur un réseau financier alimenté en majorité par les cotisations des Algériens émigrés en France, plus nombreux à cotiser et avec des niveaux de revenu plus importants que les « musulmans » en Algérie.

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Abder nous a signalé l’article publié par Orient XXIsur cet événement : un article de Mathieu Rigouste, 8 décembre 2016, https://orientxxi.info/magazine/decembre-1960-quand-le-peuple-algerien-se-soulevait-contre-le-colonialisme,1613. C’est en même temps un appel à projet de recherche. Depuis il a mené des recherches qui sont publiées en 2020: Un Seul Héros le Peuple, La contre-insurrection mise en échec par les soulèvements algériens de décembre 1960, Premiers Matins de Novembre Éditions, 2020. Le N° de décembre 2020 du Monde diplomatique contient un article de Rigouste qui reprend en partie son texte de 2016 et cite son livre récent: de la lecture en perspective… En 2016, il nous dit que l’événement est aussi important que la « bataille d’Alger » en 1957. Il converge avec Pervillé pour dire que décembre 1960 a été peu étudié er minimisé, mais les interprétations des deux historiens divergent. Pervillé (si je résume) considère que le FLN n’est pas l’initiateur des manifestations. Rigouste nous présente « le peuple » comme acteur de l’événement et il annonce l’adhésion globale de ce peuple au FLN, malheureusement sans en donner beaucoup de preuves.

Il nous dit que le général de Gaulle voulait « promouvoir son projet néocolonial de « troisième voie », nommé « Algérie algérienne ». Calqué sur les modèles imposés dans les anciennes colonies françaises [d’Afrique au sud du Sahara], il consistait à placer au pouvoir une classe dirigeante inféodée à l’État français et chargée de mettre en œuvre une nouvelle forme de vassalisation économique ». Il nous dit « qu’éclatent, le 10 décembre, les premières révoltes et c’est là aussi que se forment les premiers cortèges de colonisés insurgés ». « En un après-midi, cette « flamme de Belcourt » s’étend aux quartiers populaires de la périphérie d’Alger puis, dans les jours qui suivent, elle gagne Constantine, Annaba, Sidi Bel Abbès, Chlef, Bône, Blida, Béjaïa, Tipasa, Tlemcen… » « Certains héritiers du FAF [futur OAS] affirment que ces rassemblements dérivent de tentatives de manipulation par les structures d’action psychologique (sections administratives urbaines, SAU), qui auraient mal tourné et se seraient transformées en flambée de « racisme anti-européen ». Des sources militaires, le FLN et des témoins civils confirment que quelques membres des sections administratives spécialisées (SAS) ont autorisé la formation des manifestations spontanées en croyant pouvoir leur imposer des slogans gaullistes comme « Pour l’Algérie algérienne et contre les ultras ». Les colonisés s’en sont parfois saisis pour contourner le dispositif, passer ses barrages et manifester contre le projet néocolonial et pour l’indépendance réelle comme dans la majorité des villes, où aucune SAU n’est intervenue. »

« Des réseaux plus ou moins formels de quelques dizaines de militants FLN avaient bien commencé à se reformer dans les grandes villes. Et selon l’historien algérien Daho Djerbal, jamais le FLN n’a « abandonné le principe de maintien d’une organisation du peuple ». Les réseaux de militants ne constituaient toutefois rien d’équivalent à cette organisation structurée et hiérarchisée qu’était la ZAA [zone autonome d’Alger]. On observe plutôt la participation de militants de base à des formes collectives et autonomes d’organisation populaire. Tandis que quelques « militants d’appareils », beaucoup moins nombreux, tenteront d’encadrer des manifestations, notamment en orientant les slogans pour que les cortèges refusent le mot d’ordre « Algérie algérienne » — qui pouvait passer pour un soutien au projet néocolonial gaulliste — et pour qu’apparaissent des banderoles, des écritures et des slogans pour « l’Algérie musulmane ».

« Dans de nombreuses villes fleurissent des slogans exigeant des « négociations avec le FLN », « Abbas4 au pouvoir » ou « Vive le GPRA » qui ont fortement marqué les observateurs internationaux jusqu’aux débats à l’ONU »

« Les Algériennes ont été en première ligne des manifestations, elles ont aussi porté toute une part invisible de l’auto-organisation des soulèvements. Les enterrements des martyrs, qui permettaient de faire partir de nouvelles manifestations après les mises en terre, étaient aussi organisés principalement par des femmes. Dans le même temps, des centres de soins étaient installés dans des appartements ou des mosquées, avec des médecins et des infirmières algériens. Des cantines de rue permettaient à tous de manger dans les quartiers bouclés. Les journalistes français et étrangers, nombreux ces jours-là, étaient approchés par des adolescents, voire par des enfants, puis emmenés dans ce qu’ils ont décrit comme des « QG du FLN » où on livrait un point de vue indépendantiste sur les manifestations en cours. »

Celles et ceux qui avaient 10 ans en 1960 ont maintenant 70 ans : il est encore temps de les interroger sur leurs souvenirs et de recueillir leur témoignage : qui cotisait et qui fabriquait des drapeaux ?

 

 

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Asma, un périodique toulousain de soutien aux démocrates algériens, 1995- 1996

Coup de soleil est né à Toulouse en 2005, vingt ans après Paris. Celles et ceux qui sont à l’origine de notre association toulousaine avaient participé avant à bien des actions politiques liées au Maghreb. En particulier à des groupes à la fois féministes et démocratiques, dont l’association AYDA qui a porté la création du journal Asma. Celui-ci a publié sans doute au moins huit numéros, dont seulement cinq peuvent être consultés au dépôt légal de la Bibliothèque nationale : le numéro 1 est de novembre 1995 et le numéro 5 septembre 1996.

Au groupe Ayda, la composante féministe était forte, ce qui explique pourquoi le journal Asma relie aussi étroitement le combat démocratique avec la défense de l’égalité femmes/ hommes.

C’est ce qui donne une forte actualité en 2019 à beaucoup de textes que nous avons retrouvés. C’est grâce à la table ronde organisée automne 2018 par Les amis d’Averroès que nous avons recherché ses textes.

Aider nos ami(e)s d’Algérie, contraints de migrer vers la France pendant cette décennie 1990, face à la menace des groupes islamistes radicaux était une priorité. Parfois le pouvoir militaire algérien en place s’en prenait aussi à ces mêmes amis au lieu de les protéger.

Faire connaître le quotidien de la vie en Tunisie ou au Maroc comme en Algérie permettait de sensibiliser tout un public en France, mais aussi de favoriser les échanges entre démocrates des trois pays du Maghreb.

Avant Internet, quand l’édition informatisée balbutiait à peine, faire un journal était tout autant qu’un travail intellectuel un ouvrage d’atelier (ici Nuance du Sud) ou photo, ciseaux et colle avaient leur part. Georges Rivière a mis la main à la pâte.

Plus durable, dans les mêmes années la revue Pour a été publiée à Paris: en partie les mêmes équipes.

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Sondage sur la « coopération » : Jean Boudou, en Algérie 1968-1975)


Le livre de Francis Pornon, En Algérie sur les pas de Jean Boudou, carnet de voyage, Editions Vent Terral (81340, France), 2011 et Editions Lazhari Labter (Alger) 2010, mérite de se plonger dans ce que furent deux décennies d’une incessantes action culturelle menée par les « coopérants ». N’oublions pas que la coopération de ceux qu’on a appelé « pieds rouges » en 1962 a massivement amplifié une scolarisation coloniale longtemps très limitée, mais déjà fortement accélérée à partir de 1945 et surtout de 1954. N’oublions pas non plus que l’arabisation officielle de l’enseignement algérien n’a pas mis fin à l’enseignement du français à tous les niveaux, certes de plus en plus au profit des couches sociales favorisées et pour maintenir le fonctionnement d’administrations stratégiques (armée, économie) et des secteurs techniques et scientifiques prioritaires. Les milliers de coopérants qui ont œuvré au Maghreb sont les témoins irremplaçables d’une histoire partagée entre les deux rives de la Méditerranée. De cette histoire, on ne connaît encore guère que la petite pointe émergée de ceux qui ont été « aux affaires » dans les grandes villes. En particulier par un livre collectif Le temps de la coopération, sciences sociales et décolonisation au Maghreb, sous la direction de Jean-Robert Henry et Jean-Claude Vatin, en collaboration avec Sébastien Denis et Françoise Siino, Karthala/ IREMAM, 2012, 405 p.

http://alger-mexico-tunis.fr/?p=565  , mais aussi par l’ouvrage pionnier antérieur de Catherine Simon http://coupdesoleil.net/blog/catherine-simon-algerie-les-annees-pieds-rouges/

 

Francis Pornon, qui se sent proches des militants occitans auxquels Jean Boudou a appartenu, aurait pu connaître celui-ci quand lui-même enseignait la philosophie pendant deux ans au lycée de Bejaia (Bougie) en 1973-1975, alors que son homoogue, dont il suit les pas, s’est installé en Algérie bien plus longtemps, jusqu’à sa mort, enseignant l’agriculture au collège d’une petite ville, en bordure de la Kabylie et tout près d’Alger : Larbatache est une commune de la wilaya de Boumerdès, peuplée de 19000 habitants. Denise Brahimi nous dit « Pour [Francis] Pornon, c’est l’occasion de rappeler le double signe sous lequel on peut situer l’Arbatache au moment où il écrit, car ce fut à la fois, dans les années post-indépendance, un des hauts lieux de la révolution agraire, beaucoup cité et visité à ce titre, et d’autre part, pendant la décennie noire, un endroit où les ravages exercés par le terrorisme se sont montrés particulièrement virulents (https://www.huffpostmaghreb.com/denise-brahimi/larbatache-senac-et-la-po_b_16225464.html)

 

De la révolution agraire, de l’enseignement agricole à Larbatache, rien n’est remémoré sur les sites web qui citent cette commune, clairement prise dans l’expansion de l’agglomération algéroise si l’on en croit les ventes de terrains proposées. Quand Pornon y est allé chercher les traces de Boudou voici une dizaine d’années, le souvenir des vignes, la réalité des oliviers laissaient déjà place aux friches dans le paysage. Ce fut en somme pour l’auteur autant l’occasion de retrouver ses anciens amis des années 1970 à Alger, que de découvrir  cette Kabylie presque banlieusarde de Larbatache. Rappelons que sur cette révolution agraire si mal connue, nous en savons un peu plus grâce au film de Viviane Candas http://coupdesoleil.net/blog/algerie-du-possible-film-de-viviane-candas/

 

 

 

 

 

 

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autogestion industrielle en Algérie:

Hélie Damien, Les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie

On ne peut séparer cela de l’activité militante de la veuve de l’auteur, dont l’article de l’Express donne un bon exemple http://cds-mp.e-monsite.com/actualites/

L’étude menée par Damien Hélie (1939-1967) entre 1963 et 1966 est la seule recherche de terrain sur les débuts de l’autogestion industrielle en Algérie. Il y examine un processus dont il n’a pas vu l’aboutissement : l’absorption finale du secteur autogéré dans le « secteur socialiste » d’État. Il y met en lumière des obstacles liés au fait colonial – l’absence de cadres techniques moyens et supé- rieurs dans l’Algérie indépendante – mais également des facteurs liés à l’extrême pauvreté du peuple, entrainant l’embauche « sociale » de travailleurs sous-employés. Il montre l’absence de politisation des ouvriers et des nouveaux cadres et une volonté d’empêcher cette politisation, favorisant ainsi cette nouvelle classe dirigeante [résumé de l’éditeur]

Ce livre donne tardivement au public une étude menée aux débuts de l’Algérie indépendante. Il éclaire ce que le film sur l’autogestion en milieu rural a déjà permis d’entrevoir. Quelques extraits de ce livre présenté au printemps 2019 à Toulouse par Coup de soleil :

[Cadre général]

Les entreprises autogérées ne sont pas à la hauteur des discours politiques qui les célèbrent, et les espoirs placés en elles risquent d’être déçus. Ce sont, en général, des entreprises marginales qui ont le plus grand mal à se maintenir en activité. Tous les problèmes posés par l’indépendance pèse plus lourd sur elles que sur le secteur privé, qui dispose de cadres et de moyens financiers et qui domine l’industrie algérienne. Dans les entreprises autogérées, il ne reste le plus souvent que des manœuvres et quelques ouvriers qualifiés qui se débatte au milieu de problèmes qu’ils ne sont pas en mesure de résoudre.

Économiquement, il est douteux que l’ensemble du secteur autogéré soit rentable en l’état actuel les choses […] Les usines continuent de fonctionner parce que l’État n’exige pas d’elles le règlement de toutes leurs obligations. Il n’existe pas de sanctions économiques équivalentes à la faillite du système capitaliste.

Le gouvernement qui a pris la responsabilité d’installer un tel système de gestion, a mis très longtemps à établir une organisation encadrant le secteur autogéré et à promulguer les textes juridiques indispensables à son fonctionnement […]

D’un côté nous avons les déclarations triomphantes de l’idéologie officielle sur la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et les succès remportés par les travailleurs ; de l’autre, nous avons les entreprises qui survivent tant bien que mal et sans que personne n’y prête attention. Le contraste est frappant entre le monde des hommes politiques, qui parle de politique et idéologie, et celui des travailleurs des usines, qui parle salaires et difficultés économiques quotidiennes.

 

Le modèle yougoslave.

Le système d’autogestion tel qu’il est appliqué en Algérie fait immédiatement pensé à l’organisation des entreprises en Yougoslavie, et il ne fait pas de doute que le modèle yougoslave à inspiré le législateur algérien, qui était à la recherche d’une forme de socialisme démocratique. Néanmoins l’autogestion de Yougoslavie est très différente de ce qu’elle en Algérie.

Tout d’abord, en Yougoslavie, l’autogestion intéresse surtout l’industrie, qui est toute entière intégrée dans ce système, et beaucoup moins l’agriculture, qui reste à 90 % entre les mains des paysans privés. En Algérie la situation est inverse, puisque l’autogestion est surtout rurale et non industrielle. En effet dans l’agriculture elle occupe toutes les anciennes terres de colonisation, et dans l’industrie, elle est encore dominée par un secteur privé resté puissant […]

Deuxièmement, en Yougoslavie, l’autogestion a été installée en 1953, après une période assez longue, huit ans, de gestion administrative, qui malgré tous ses défauts, a néanmoins permis l’organisation de la production sur des bases rationnelles. En Algérie, l’autogestion a été installée brusquement dès le départ des Européens, sans que l’on dispose des cadres nécessaires que la période administrative avait permis de former en Yougoslavie. Sa mise en place relève de l’improvisation hâtive, et le délai, assez court, pendant lequel elle a fonctionné ne permet pas de juger de tous ses aspects […]

 

Fonctionnement des organes d’autogestion.

[…]  La direction des entreprises est assurée par des organismes élus par l’ensemble des ouvriers de l’entreprise. […] Le nombre de candidats, présentés sur une seule liste, excède de 50 % a 100% le nombre de postes. Les travailleurs ont donc une marge de choix non négligeable. Les candidats ne sont pas présentés par un organisme officiel, Parti ou syndicats. Ils se présentent d’eux-mêmes, ou y sont incités par leurs camarades de travail, et la liste des candidats est donc formée de l’ensemble de ceux qui acceptent de se présenter et qui sont prêts à endosser des responsabilités. Cette absence d’intervention officielle, au niveau des candidatures, est très remarquable dans un pays où le parti unique a l’ambition d’encadrer la population et d’orienter l’ensemble de la vie nationale.

Dans l’autogestion agricole, la situation est très différente. L’Administration, le Parti et le syndicat interviennent pour la désignation des candidats aux organes d’auto gestion. La raison de la non intervention des autorités politiques dans l’industrie est vraisemblablement la marginalité économique du secteur autogéré […]

L’ouvrage contient une série d’entrevuesauprès d’ouvriers, ou de responsables, toujours en français semble-t-il, dont l’intérêt est remarquable : ces entrevues concernent aussi bien l’organisation interne des entreprises que des vues plus générales. Voici quelques exemples :

« Il nous faudrait un directeur : il faut quelqu’un qui soit plus haut que nous. Quand on est entre ouvriers, on n’est pas obéissant. Il y en a qui s’en foutent. (Briqueterie)

« La discipline, c’est l’essentiel : un manœuvre doit respecter l’ouvrier ; l’ouvrier, le président. Au début c’était comme ça ; maintenant, la discipline se relâche. Depuis que Ben Bella a dit aux ouvriers : « c’est vos biens », en parlant des usine, la discipline se relâche, tout le monde se prend pour le patron. Il faut que le gouvernement fixe quelque chose. Avant, quand le patron était là, j’étais discipliné comme les militaires. Rien ne marche sur la discipline. Le rendement est mauvais. Quand on veut les commander, les ouvriers répondent : « c’est notre bien à tous ». Ben Bella a cassé la main-d’œuvre en disant : « tout le monde doit manger avec une cuillère, personne avec une louche ». Les ouvriers veulent que tout le monde soit payé au même tarif. Si ça ne change pas, on devra fermer la maison, on ira tous à la pêche, moi je m’en fous. » (Président, fonderie)

« Avec les bénéfices, on fait une autre boite, on met 50 personnes dedans pour dégager le chômage. Si moi je mange et que mes frères ne mangent pas, je ne suis pas socialiste. On a pas besoin de bénéfices, on sera tous les mêmes. On fait du courage pour avancer, c’est pour demain, pas pour aujourd’hui. » (Ouvriers fonderie)

 

 

 

 

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Jacques Berque, mémoires… jusqu’au Mexique


Berque Jacques
, Mémoires des deux rives, Seuil, 1989 (édition augmentée 1999)

L’auteur  (1910- 1995) montre ici son talent de passionné de la culture arabe, sorti du moule des études classiques gréco-latines. Il souligne lui-même (assez narcissique) comment son œuvre de professeur au Collège de France pendant 25 ans (1956-1981) a été un parcours ondoyant entre « sociographie » du présent arabe et plongées dans l’érudition littéraire qu’en ses débuts il refusait roidement. Tout livre de mémoire risque de tomber dans l’attendrissement : Berque s’en sauve par de l’auto-ironie et surtout par une réflexion centrée sur son métier d’arabisant.

Mille anecdotes, mille rencontres certes gratifiantes, mais surtout une dense réflexion sur le monde arabe de la décolonisation, ses racines coloniales et précoloniales. Des prises de risque et des chances saisies au bon moment jalonnent le parcours original de Berque. Il est pour la seconde année étudiant d’agrégation de lettres classique à Paris quand il renonce à cette voie, obtient facilement grâce à son père (Augustin Berque, une autorité dans les « affaires indigènes » du Gouvernement général de l’Algérie) un emploi précaire dans une commune mixte du « bled », puis fait son service militaire au Maroc et décide de préparer le concours de contrôleur civil des protectorats… corps administratif exactement symétrique de celui des administrateurs de communes mixtes algériens. Il renoue ainsi avec sa vie d’enfant dans le « bled » algérien (Frenda). Il découvre de l’intérieur le monde administratif colonial, ses lourdeurs, ses convivialités, ses arrangements, ses rapports de force, aussi bien dans l’arrière pays de Casablanca, à Fez, que dans le Gharb. Vient la seconde guerre mondiale. Berque a vécu comment elle a fragilisé profondément le pouvoir colonial en Afrique du Nord, même si Alger alors est devenue capitale de la France. Il devient de 1945 à 1947 le responsable d’une action de modernisation du paysannat marocain dont il relate le côté passablement utopique dans le cadre colonial. Comme les milieux de gauche métropolitains valorisent cette expérience, elle est rapidement condamnée et Berque aggrave son cas en diffusant un gros mémoire : « Pour une nouvelle politique de la France au Maroc ». Il est envoyé dans un Contrôle civil dans le Haut Atlas au sud de Marrakech où il est le premier à remplacer l’administration militaire qui régnait jusque là. Il y passe sept années heureuses pour devenir le sociologue de la paysannerie berbère, rédigeant une thèse sur « les structures sociales du Haut Atlas ». Du jour au lendemain, cet « homme de terrain » devient grâce à ce livre professeur au Collège de France en 1956.

« Dans la politique française au Maroc, les Berbères jouaient le rôle du séquoia : ornement du paysage, fixateur archéologique. Ce qui m’intéressait en eux, c’était au contraire la capacité législative que conservaient leurs jemâ’as [assemblées coutumières]. … Dans les débuts l’ignorance de leur idiome m’humiliait plus qu’elle ne me gênait. Puis quand je me mis à le baragouiner, la discordance entre une pratique modeste et la facilité de mon discours arabe me découragea […]. Cependant, quant à comprendre les tribus, je m’y appliquai par l’enquête et par l’expérience.

[1953] « le bruit court que la figure de Sidi Mohamed [le futur Mohamed V, alors exilé à Madagascar] est passée dans la lune ». De façon plus terrestre, le Maroc réagit à l’iniquité par une grève des célébrations rituelles : on ne fêtera pas cette année l’Aïd el-Kebir.

Berque démissionne du corps des contrôleurs civils et devient pour deux ans expert de l’UNESCO en Egypte pour un programme d’« éducation de base » en milieu rural. Son expérience maghrébine est difficile à valoriser : « J’étais un sous-développé ! … Au médiocre niveau de la plupart des experts et des stagiaires, on réputait le français langue désuète et superflue. J’ignorais encore l’anglais. Mon dialecte maghrébin eut été pis qu’incompris : ridicule. L’arabe grammatical [littéraire traditionnel] me valait une surprise courtoise et de l’estime, mais ne pouvait servir dans les occasions de la vie, où il produisait un effet pédantesque. Le dialecte égyptien m’échappait entièrement.  [plus tard] Je me faisais comprendre avec plus d’aisance, glissant lentement de mon lourd arabe grammatical vers le langage plus léger qu’utilisent de vastes couches du monde arabe, et que je qualifierai un jour moi-même de « médian ». Je donnai ma première conférence publique dans cet idiome. »

Berque, au fil des ans, se départit de son laïcisme internationaliste bien français à mesure qu’il découvre la profondeur des nationalismes dans la modernisation du Tiers-Monde comme leur lien avec le religieux. « Oui, cheikh [le nom respectueux donné à Louis Massignon], mon analyse d’alors sous-estimait gravement la part de l’Islam, et plus généralement celle du religieux dans les sociétés. Mais après tout les Arabes de cette génération-là [vers 1960] faisaient de même. Dans le fil de cette réflexion sur le nationalisme et le religieux : « … comment concilier la persistance d’une identité collective avec ses mutation ? »

[à propos des pieds-noirs…] L’Algérie, l’Afrique du nord française, n’a pas donné naissance à des créoles, au sens hispano-américain de criollos… [Etudiant à Paris], j’éprouvais à l’égard de mes condisciples parisiens, une retenue qui n’était pas seulement provinciale. Our les mêmes raisons, ou pour d’autres, mes camarades pieds-noirs l’éprouvaient davantage encore. Nous le savions, et nous en tirions vantardise. Aucun de nous ne devinait que ces prémices de la naissance d’un peuple avorteraient en folklore, parce sue faillirait l’alliance avec les vieux occupants du sol. […] Non, l’Afrique du Nord ne deviendrait pas un Mexique…

Berque revient ironiquement sur ce Mexique (p. 219) : …  « Siqueiros purgeait une peine de prison, politique bien sûr. J’attends dans le bureau du directeur des sciences sociales (très probablement la Escuela de ciencias políticas y sociales de la UNAM], Pablo Gonzales Casanova, le moment d’entamer ma conférence. Arrive le conseiller culturel français [très probablement Jean Sirol], que j’avais sans succès averti de ma venue. « Eh bien ! sussure-t-il, on pourrait peut-être organiser pour vous une rencontre avec les étudiants. » L’autre, non sans ironie, lui assure que c’est déjà fait.

 

 

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Iran: sport et féminisme au cinéma

La permission film iranien de Soheil Beiraghi, 2918.

Film qui prend aux tripes sur le statut de la femme en pays d’islam mais pas n’importe quel pays : l’Iran, dont je ne connais rien, n’est évidemment pas l’Arabie Séoudite. Un pays sans doute aussi pénétré de modernité que la Tunisie, mais aussi un pays où l’autorité religieuse est inextricablement liée au nationalisme, celui d’un grand empire perse pris en main en 1979 par une révolution politico-religieuse chiite. Alors comment cette femme indomptable, probablement homo, peut-elle affirmer sa lutte contre un époux veule et médiatique, mais arc-bouté sur ses droits légitimes ? Dans un pays où le sens de la loi et de la controverse autour de celle-ci sont essentiels ? En affirmant son rôle irremplaçable dans le nationalisme sportif de son pays. Les scènes où l’équipe sportive féminine marque son identité et sa liberté tout en respectant les canons de la bienséance islamiste sont saisissantes. Les scènes où la violente confrontation avec le juge, avec le patron du club, avec l’époux, marquant la puissance de cette femme, sont d’autant plus fortes que la défaite est la conclusion de sa lutte.

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Associations et sociétés civiles au Maghreb

La face cachée des sociétés civiles au Maghreb, Emmanuel Matteudi, Fatima Chahid, Martin Péricard, préfaces de Tahar Benjelloun et Benjamin Stora, L’aube, Collection Bibliothèque des territoires, 235 p.

Ce collectif d’urbanistes, sociologues, juristes, a mené une enquête dans les trois pays du Maghreb sur le monde associatif. 250 personnes ont été « sollicitées », 71 structures associatives ont été approchées, pour suivre un monde complexe d’initiatives qui montrent comment les changements sociaux cheminent. Un projet ambitieux qui nous donne une masse d’informations forcément disparates.

La toile de fond est bien sûr donnée par les trois Etats autoritaires maghrébins, tous sortis du moule colonial français : bien peu de convergences dans leurs pratiques politiques ne sont décelables dans le livre en ce qui concerne leurs évolutions depuis les années 1960. Si bien que l’ambiance commune à ces sociétés n’est perceptible que de façon allusive.

Le livre s’appuie sur les « indices » qui permettent de voir ces sociétés civiles « cachées » : le monde des associations. Celles-ci sont toutes nées selon le modèle français de la liberté associative (mise en place en France en 1901). Sauf qu’en terre coloniale cette liberté était grande, « à la française », pour les colonisateurs, restreinte pour les colonisés. Cette restriction héritée est restée plus ou moins forte dans les trois pays : pour l’Etat- parti tunisien, ces restrictions s’inscrivent dans un cadre légal relativement stable. Les restrictions sont fortes aussi pour l’Etat- parti algérien, mais avec un beaucoup plus grand arbitraire, plus encore lorsque le régime autoritaire se fragmente et adapte des façades démocratiques. La monarchie marocaine a d’abord (1958) été très libérale pour les associations, puis très restrictive dans les décennies 1970 et 1980, pour s’ouvrir ensuite, avec un cadre légal le plus souvent assuré.

Le livre laisse de côté une autre « face cachée » des sociétés civiles maghrébines : qu’est devenu le tissu social « traditionnel », fortement mis à mal en Algérie par la colonisation française, mais beaucoup plus largement préservé en Tunisie, et parfois conforté ou à peine modifié dans le Maroc du protectorat ? Corporations de métiers urbains, tribus des sociétés rurales, qu’en reste-t-il, comment se sont-elles ré-insérées dans le tissu associatif moderne ? Les eaux, les terres (pour planter, labourer, pâturer, chasser, collecter) sont souvent d’usage collectif de fait, sans propriété individuelle ni main-mise de l’Etat : qui nous dira la pratique de la gestion de ces biens, entre lambeaux de tradition et modernité associative, parfois héritière d’épisodes « révolutionnaires » souvent éphémères et détournés par des « puissants qui « héritent » de biens vacants, particulièrement abondants en Algérie.

C’est essentiellement le chapitre 4, qui termine le livre (Alternatives citoyennes comme clé de lecture du changement), qui nous décrit la foule des associations rencontrées par les auteurs. Il est clair que le matériel récolté est particulièrement abondant pour le Maroc, à la fois parce que les espaces de libertés y sont variés et anciens et parce que les carences de l’action de l’Etat y ont été plus souvent comblées qu’en Tunisie ou Algérie par l’action associative. En Tunisie ce monde associatif plus restreint et plus tardif joue un rôle essentiel dans la re-création de l’Etat à la chute de Ben Ali. En Algérie le monde associatif est plus difficile à appréhender, parce qu’il s’est souvent développé sans cadre légal, et qu’il est bien plus mouvant depuis 2019. Les thématiques de ce monde associatif sont passées en revue : prise en charge des enfants d’âge pré-scolaire, formation professionnelle, entreprises sociales et solidaires, problèmes d’environnement (les déchets urbains sont souvent une urgence), problèmes de développement local, problèmes de droits humains (qui ne cessent de se poser, en particulier pour l’égalité femmes-hommes). Pour chaque association se pose toujours la question : qui sont les initiateurs, puissants ou non, quels sont les financements, quelles sont les relations avec le pouvoir politique, avec les « puissances » étrangères (Etats, Eglises, organismes internationaux, ONG). Un livre original par son ambition, qui peut décevoir par moment en raison de la dispersion de ses mises en perspectives et des faits qu’il décrit.

 

 

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Auberge espagnole de Coup de soleil: Habib, Laura, Monique

L’assassinat de Samuel Paty conduit beaucoup d’entre nous, à Coup de soleil, à réfléchir sur la liberté de croire et de ne pas croire. Je publie donc ce qu’envoient nos amis, comme je l’ai fait récemment après le grand documentaire de France 2 sur la décolonisation http://alger-mexico-tunis.fr/?p=2823

Moi  Mohammed Habib SAMRAKANDI, fils d’Imâm,
ami, amie des Croyant.e.s et des Incroyant.e.s, j’ai toujours entendu mon père me répéter :  »Mon fils, il faut absolument respecter les créatures humaines. Allah a voulu que Son Royaume soit pluriel… L’incroyant.e  est un signe divin, expression de Sa toute Puissance… Et mon feu père procèda par regression en recourant aux versets coraniques qui vont dans le sens du respect de toutes les créatures humaine, animales, végétales et y comprises les Pierres…
Je cite de mémoire son contenu ,  »si Le Seigneur n’avait pas crée des Synagogues, des Eglises et des Mosquées et les a mis en compétition non violente, la terre périra… »  Je le répète : les objets chauds sont l’objet de débats pluriels…l’acte abominable est une atteinte directe à la dignité humaine. Il relève de l’impardonnable, comme l’a fortement souligné Pierre LEGENDRE.
La République nous protège toutes et tous, défendons-la de toutes nos forces. Et exigeons de notre Gouvernement de se retirer de la Convention européenne qui lie les Etats européens aux pays des migrations, depuis 1977, avec l’engagement suivant :  » Les Etats ayant des ressortissants en Europe doivent prendre en charge l’enseignement culturel-cultuel et linguistique » sur les territoires européens… C’est pour cette raison que le Maroc, l’Algérie envoient des Imams et des Enseignants d’Arabe sur le territoire franbçais.
Cette présence est un parasite concurrent aux valeurs de la République et de son mot laïc d’enseignement et de pédagogie non instrumentalisés par la Religion. Cet enseignement rétrograde sur le plan pédagogique fait concurrence aux enseignant.e.s de l’ARABE ( CAPES et Agrégation de FRANCE). Alors, pourquoi ne pas commencer par se retirer de cette Convention comme préalable à tout acte préventif…? Merci d’aller chercher le contenu de cette Convention  qui autorise le renouvellement annuel de l’arrivée desz Imâms de Turquie, du Maroc et de l’Algérie : ne pas oublier que le Président Hollande est allé visiter l’Institut de la Formatipon des Imams au Maroc : Un scandale
Feu Ali Merad, Feu Mohazmmed Arkoun : réveillez vous, la République manque de compétences pour mettre en place L’Institut Musulamn de France ( sur le territoire de l’Alsace et de la loraine et où est permis de payer des Imâms et des Curés….)

Habib a complété son message le 24 octobre: « Le couple anthropologue CENTLIVRES a mené une étude passionnante relative à l’usage officiel actuel en Iran de la carte postale en vente représentant le Prophète Muhammad. Une carte postale courante éditée à Mashhahd. Celle-ci provient d’un portrait d’un jeune tunisien pris en photo, en 1904, dans l’atelier de deux photographes européens, installés à Tunis. Cette carte postale de ce jeune qu ‘ils ont baptisé Mahomet fut retouchée et coloriée en Allemagne des années 2O du siècle dernier et remise de nouveau en vente…Et juste après la révolution de Khomeyni, cette carte postale était le point de départ de nouvelles modifications qui a abouti à l’actuel portrait du messager de l’islam. Comme quoi, la question de la représentation a fait l’objet de miniatures arabes, persanes et turques et on a totalement oublié que le voyage de Mahomet de la Mekke à Jérusalem et son ascension céleste a fait l’objet de plusieurs miniatures, parmi lesquelles on identifiait le Prophète entouré des anges et traversant les sept cieux : CE MI’RA a eu comme personnage central Muhammad sur un cheval ailé à tête de femme…Dans la Sîra de Tabari, nous avons une description très détaillée de Muhammad, sous la plume de ‘Ali. Il suffit d’injecter au robot de la police chargée de la criminologie : et qui va nous donner la traduction de la description minutieuse du gendre du Prophète…

Laura MouzaïaLE CONCEPT RELIGIEUX dit VOULOIR   RE-LIER LES HOMMES ENTRE EUX. Or les anaphabètes du Livre qui s’autoproclament porte-parole d’un certain Dieu, communiquent avec le sabre de la brutalité pour former les esprits. On assiste à l’expression d’une minorité active, qui souffle et respire la haine. J’ai été confrontée à des menaces pour avoir souligné l’importance de l’égalité homme-femme. Pour ma part aucune religion n’a répondu à un progrès humain ou social.

Le vrai progrès est dans le savoir Laîc, Libre débarassé de tout frein idéologique. L’ Ecole doit rester un espace sacré, où toutes les différences culturelles religieuses sont les bienvenues dans l’apprentissage, la transmission ; à condition qu’aucune de ces différences ne renverse l’existence, le souffle de l’Autre. La mission de l’Ecole Républicaine est de former des citoyens, et non des religieux de tout bord. J’ai foi en l’esprit des Lumières, car là s’inscrit La Liberté. J’ai foi en l’intelligence du cœur, celle qui nous unit. L’ombre n’a jamais vaincu, et ne peut pas vaincre encore moins aujourd’hui.

Monique Chaïbi:  « « Ataalem al arabyia »J’apprends l’arabe.. Il y a une dizaine d’années, j’avais accepté de donner des séances d’aide aux devoirs à deux élèves de primaire dont la mère était en dépression. Toutes fières, les deux fillettes m’avaient montré leur cahier d’arabe. Il ne contenait que des sourates et des mots de vocabulaire liés à la religion. Les cours étaient dispensés par une mosquée non officielle et n’avaient rien de commun avec l’enseignement classique d’une langue étrangère.

A cette époque déjà je pensais qu’il serait indispensable qu’il y ait plus d’établissements scolaires publics qui proposent l’enseignement de la langue arabe. Donc une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec la proposition du gouvernement, mais sans les arrières pensées qui se cachent derrière et cherchent à mettre tous les musulmans et arabes dans le même sac. On n’enseigne pas une langue parce qu’elle fait peur, mais parce qu’elle enrichit et ouvre des horizons !
La langue arabe, d’origine sémitique, est née au IIème siècle (probablement même avant) L’Islam est apparu au VIIème siècle avec le prophète Mahomet et le Coran a été écrit après sa mort par ses disciples. Donc les origines de la langue et de la religion ne sont pas liées ! Les musulmans dans le monde parlent indonésien, birman, turc, farsi, patcho, wolof, malinké, amazigh etc, et dans les pays arabes, rares sont ceux qui connaissent la langue classique, or le Coran est écrit dans cette langue ! Inversement, tous les arabes ne sont pas musulmans, ils peuvent être chrétiens, ou même athées.
Donc, enseigner l’arabe classique en école, collège, lycée et université est une excellente initiative qui ne concerne d’ailleurs pas que les arabes ou les musulmans. Parce que cette langue trouvera la place qu’elle devrait avoir, celle d’une langue comme les autres qui a offert, et offre encore, des poèmes, des romans, des essais philosophiques, parmi les plus beaux.
Et parce qu’elle permettra aux musulmans qui s’expriment dans une langue vulgarisée de découvrir le livre saint sans passer par des traductions orientées.

(1er novembre…) Cher Samuel, Comme la plupart de mes compatriotes, je ne vous connaissais pas avant le drame dont vous avez été victime. Et comme la plupart de mes compatriotes j’étais en état de sidération lorsque j’ai appris pourquoi et comment un jeune barbare avait décidé de vous ôter la vie. Je ne parlerai pas de votre décision de montrer les caricatures du prophète Mohamed, que vous ayez eu raison ou tort n’est pas important. Ce qui l’est en revanche, c’est que l’on ne mérite pas d’être condamné sauvagement à mort pour des dessins. En revanche, vous auriez mérité que l’on respecte un temps de deuil suffisant, que l’on songe à vos derniers instants, à toutes les années que vous ne vivrez pas, à votre femme, votre fils et tous vos proches, à vos élèves également pour qui cet attentat a été traumatisant. Mais voilà, au lieu de ce recueillement, on a piétiné votre dépouille encore chaude en répandant d’un côté, des clichés et des amalgames absurdes contre les musulmans en général, et de l’autre,  contre ceux qui avaient montré ou publié les caricatures. Et cela continue…

Je voudrais donc vous confier ici que j’ai honte que la haine l’ait emporté sur la compassion, que votre sacrifice, au lieu d’amener une réflexion sur les actions positives que nous pourrions tous entreprendre pour qu’il n’ait pas été vain a donné lieu à un déferlement de peur et de haine. Au lieu de cela, au lieu de réfléchir avec les musulmans, les maghrébins, premières victimes des fondamentalistes, on décide de les pointer du doigt et de creuser encore plus le fossé qui les sépare du reste des citoyens. Dois-je rappeler que certains de leurs ancêtres ont donné leur sang pour sauver notre patrie, que d’autres ont sué dans nos usines pendant nos « trente glorieuses »? Vous saviez cela, vous le professeur, et c’est sans doute ce que vous vouliez enseigner à vos élèves, TOUS vos élèves. Reposez en paix Samuel.
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Je n’aime pas et n’ai jamais aimé les caricatures de Charlie Hebdo et il y a fort longtemps que je n’aime pas ce journal…

Cependant, je reconnais qu’elles sont autorisées et surtout qu’on ne doit pas être tué pour des dessins.
J’ajouterai que ces fous d’Allah donnent de lui une image bien plus vulgaire, insultante et inexacte de ce que le Coran propose…
Charlie ne parle pas au nom du prophète, eux croient l’entendre leur inspirer leurs crimes.
La plume contre le couteau ou les balles, duel faussé!
J’aimerais que l’on puisse revenir à un temps où les humains pouvaient prendre le temps de penser par eux-mêmes et accepter des avis modérés, plus proches de la réalité que les faux musulmans assassins et que les racistes qui profitent des drames qui nous atteignent pour creuser le fossé entre les citoyens…

 

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