Penser le Mexique: un annuaire

70 collègues. C’est la pointe émergée d’une vaste corporation d’amoureux du Mexique, dont la plupart ont pu grimper vers quelques sommets académiques parce qu’ils avaient appris diverses techniques d’escalade, celles de disciplines voisines et plus ou moins concurrentes.

Il est probable que les brésilianistes en France sont moins nombreux : parce que la langue portugaise ne donne accès qu’à un nombre de pays beaucoup plus petit que la langue espagnole. On peut être mexicaniste et latino américaniste et hispaniste. S’il y a beaucoup de mexicanistes en France, c’est parce que le Mexique est de loin le pays latino américain le mieux doué en structures universitaires anciennes et stables. Quand travailler en Espagne était plus que difficile sous le franquisme, quand la plupart des pays latino Américains étaient ouvertement despotiques et autoritaires, le Mexique s’ouvraient facilement aux chercheurs étrangers dans un décor de liberté qui certes ne concernait pas tous ses propres citoyens.

Le joli livre Penser le Mexique, Annuaire de mexicaniste en France, a permis à 70 mexicanistes de dire ce qui les avaient attirés, mais surtout retenus dans ce Mexique. Parmi celles et ceux-ci, une poignée ont mon âge. Une large cohorte née dans les années 1940 est formée de retraités. Côté masculin, beaucoup de ceux-ci ont bénéficié du statut de « coopérant militaires » pour débuter leur recherche. À partir des années 1980 l’Institut de recherche en développement (IRD, ex. Office de la recherche scientifique et technique outre-mer= ORSTOM) a investi le Mexique. En décodant c’est 70 biographie on voit que ces chemins institutionnels privilégiés ont été contournés heureusement par la majorité de nos amis, et plus encore du côté des femmes.

Sans doute au Mexique plus encore qu’ailleurs sur le continent américain le découpage du temps aide à brouiller les limites des disciplines : les archéologues sont aussi des historiens de l’art très contemporain. Les historiens sont des praticiens de l’Archivo de Indias espagnol autant que son homologue mexicain et leur travail est indispensable aux chercheurs du contemporain (sociologue, anthropologue, géographe) qui doivent apprendre comment les communautés, urbaines ou rurales, n’ont cessé de se transformer depuis un millénaire sans jamais être abolies. Les hispanistes, par leur maîtrise d’une langue, pénètrent le monde des écrivains, celui de tout ce que l’on appelait gente de razón, celui de tout un ensemble de cultures et de civilisations.

Lors de la présentation de ce livre à l’ambassade du Mexique le 28 novembre 2018 à Paris, on a vu vivre ce corps des mexicaniste. Le groupe le plus vaste est « hispanistes », un réseau structuré comme un vaste fleuve pourvu d’un delta et de nombreuses affluents. Presque aussi nombreux, les historiens, même assez tard venus, sont aussi un monde fort complexe. Les anthropologues viennent ensuite en nombre, mais il est clair qu’ils sont le pivot le plus organisé de ce méxicanisme nécessairement « indigéniste ». Très proche d’eux par leur implantation sur le terrain, les géographes sont presque aussi nombreux : il leur est revenu de nous dire qu’être mexicaniste est autant un amour qu’une science. Les sociologues français « de terrain » au Mexique sont peu nombreux : les grands maîtres français passent en général vite dans ce pays pour y recruter des disciples qu’ils importent en France. Phénomène encore plus fréquent chez nos quelques collègues économistes, juristes ou politologues. Les archéologues, qui pèsent en nombre un peu plus que les sociologues, ont une position institutionnelle à part, parce que leur pouvoir de travailler dépend d’une concession légale particulière : le droit de fouiller le sous-sol mexicain, tout comme une compagnie pétrolière (dans un pays qui a nationalisé son pétrole voici 80 ans). Au cours de ce colloque, de grandes institutions (CEMCA, IFAL), de grands ancêtres ont bien sûr été évoqués. Ceux-ci de cette même génération née vers 1912 : l’historien François Chevalier, l’archéologue anthropologue Guy Stresser Péan, et, du bout des lèvres, son homologue Jacques Soustelle. Mais après tout ce fut le seul mexicaniste à appartenir à la Tour de Babel appelée Académie Française. Et puis dans les couloirs, deux collègues m’ont parlé d’un autre ancêtres : Marcel Bataillon.

Cette initiative mexicaine correspond à un pays qui sait depuis 1848 négocier son rôle international, avec des relations privilégiées avec la France. Espérons qu’elle s’étende à d’autre pays du sous-continent latino-américain et soyons optimistes : cet annuaire tiré sur papier à 250 exemplaire est déjà la matrice pour une base de données capable d’accueillir des centaines de chercheurs.

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